dimanche 25 juillet 2010

Pourquoi "Le ciel du ciel" ?

Longtemps, je me suis arrêté sur la première ligne du récit biblique de la Genèse : “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre”. Pourquoi ce distinguo ? Où commence le ciel, où finit la terre ? L’atmosphère terrestre, la stratosphère, font-elle partie de la terre ou du ciel ? Et la Lune ? Il me semblait qu’un mystère se cachait derrière ces quelques mots. Comme un code à déchiffrer.
J’ai noté ceci par exemple ceci : 
“... Le ciel même qui couvre cette terre que nous habitons, ne peut passer que pour une terre au regard de ce ciel du ciel : et l’on peut dire avec vérité, que ces deux grands corps de la nature, le ciel et la terre, ne sont que terre si on les compare à cet autre ciel [...] qui appartient seulement à Dieu.” 
Il y a bien un autre ciel, autre que le firmament dont parlent plus loin les Écritures. Un ciel qui englobe notre ciel et sa terre. 
Soudain, je réalisais que l’espace et le temps ne sont que des données de notre terre et de son ciel ; que cet autre ciel du ciel dont parle saint Augustin, n’en connaît pas la notion. 
D’ailleurs, il faut lire un peu plus loin la Genèse ; on y lit par six fois « et ce fut le premier jour, le deuxième… » et ainsi de suite. Qu’est-ce que cela veut dire, sinon que Dieu crée le temps, “après” le ciel ? J’écris “après” entre guillemets, car, pour Dieu, il n’y a pas d’après, étant hors du temps.
Ce ciel du ciel ? Un lieu sans l’espace, donc un point sans dimension ; un lieu sans le temps, donc un instant sans durée. Et ce point est immense ; et cet instant est éternel.
J’ai voulu comprendre. J’en ai fait un livre. C’est bouleversant.

samedi 3 juillet 2010

Histoire d'ordinateur

1°) Un client devant son”conseiller de clientèle” (?…) à sa banque, demande un prêt. L’employé active son ordinateur, questionne son “client” (?…), et remplit des cases à l’aide des réponses. L’ordinateur statue. En aucun moment la réflexion, l’intelligence de la situation, la pensée du “conseiller” n’ont été mises à profit. On comprend alors que si un “client” vient solliciter un accompagnement bancaire concernant une affaire, un commerce par exemple, qui n’est pas dans l’ordinateur, sa demande n’a aucune chance d’aboutir.
2°) Un contribuable devant son Inspecteur des impôts, conteste avec raison un avis de recouvrement. L’inspecteur en convient, mais avoue : ”vous ne devez pas cette somme, mais elle est inscrite dans l’ordinateur, vous devez payer, on vous remboursera ensuite” ! Démarche auprès du Receveur… Celui-ci compréhensif propose : “Donnez-moi un chèque, je vous promets de ne pas l’encaisser, et ainsi je pourrai annuler la demande de l’ordinateur”. 
Deux exemples (avérés) parmi tant d’autres, qui illustrent la dérive technocratique aveugle de l’administration. On retrouverait facilement la même situation au sein des grandes entreprises dites privées. Le facteur humain est systématiquement écarté, l'homme ne compte plus, pire, il est dangereux. Qui a encore le droit de se servir de sa pensée dans son travail ? 
On comprend, dès lors, qu’un trader un peu doué, ayant compris que le vrai patron était l’ordinateur, l’ait conditionné à sa guise, ne craignant pas la hiérarchie qui de toute façon ne dispose que du dit ordinateur pour “penser”.

samedi 29 mai 2010

I Pad et autres tablettes électroniques de lecture

Les commentaires lus ou entendus en ce moment, au sujet de la sortie d’une nouvelle tablette électronique, sont consternants. On en parle (de cette marque comme des autres), comme d’une série de nouveaux gadgets pour jouer avec Internet, ou pour classer des photos. C’est tout.
Personne ne se rend compte, ou certains font semblant de ne pas voir, qu’il s’agit tout simplement de l’avènement, pour les siècles à venir, d’un nouveau support de l’écriture.
Il est normal que le public n’en ait pas conscience. Les médias n’en disent rien, or l’on sait bien que peu de gens pensent par eux-mêmes, mais attendent d’ingurgiter des opinions toutes faites.
Il est concevable aussi que ceux qui ont compris le phénomène, mais dont les intérêts sont en jeu — éditeurs, imprimeurs, et tous les métiers du papier — cherchent à en retarder l’effet.
Lorsqu’il y a cinq mille ans, fut inventé le papyrus égyptien, je suppose que les scribes, qui jusqu’alors rangeaient soigneusement leurs tablettes en pierre, crièrent déjà au sacrilège. Trois mille ans après, la même indignation, ou indifférence feinte selon le cas, accueillit sans doute l’avènement du parchemin. Lequel, à son tour, fut bien obligé de s’incliner devant Gutenberg est sa diabolique invention de l’imprimerie sur papier. Eh bien, qu’on le veuille ou non, aujourd’hui s’opère la mise en place historique d’un cinquième support de l’écriture : l’électronique.
J’entends crier que les outils de lecture actuels sont inconfortables, ont plein de défauts, etc. C’est sans doute vrai. Mais que les aînés se rappellent leurs premiers téléphones portatifs ; j’ai le mien au grenier, un objet de musée ! Attendez un an ou deux, et on ne parlera plus de ces soucis. Alors, l’on verra sans doute les mêmes qui aujourd’hui jouent Cassandre, revenir tels des “experts” dans la presse, nous expliquer la mutation qui s’est produite…

dimanche 9 mai 2010

La littérature va mal

Irène Frain : “La littérature va mal. La survie de la littérature est en jeu aujourd'hui car nous assistons à une médiocrisation croissante des textes proposés qui sont tous très formatés ; formatés pour la médiocrité et répondant à la règle de l'instantanéité".
Oui, et il y a un étrange parallélisme avec le monde de la banque. Il n’y a plus d’éditeurs, comme il n’y a plus de banquiers. Il y a dans les deux cas des employés d’entreprises commerciales, à qui l’on demande du chiffre, les uns en plaçant des produits grand public, les autres en vendant du papier.
Claude Durand (ex-éditeur de Soljenitsyne…) cite, dans le Figmag, le cas d’un écrivain (?) “qui bâcle ses livres de plus en plus mauvais”, mais dont il faut publier “le torchon”, parce qu’il est juré ! Il faut alors, poursuit-il, “concevoir un emballage médiatique destiné à vendre ce livre détestable à la critique et au public”. Il cite ensuite le cas similaire de certains livres de journalistes : “on a transformé des gazetiers en écrivains”.
Pourtant, Claude Durand conclut : “Il y a beaucoup de raisons d’être optimiste. (...) Je pense que les nouveaux formats numériques vont développer la lecture chez les jeunes. L’édition reste promise à un grand avenir, pourvu qu’elle reste fidèle à sa vocation première : découvrir, accompagner et promouvoir des auteurs, de ceux dont Michel Serres disait que, par leurs œuvres, ils augmentent le monde”.

vendredi 9 avril 2010

E-Book, le livre sans visage ?

Sous le titreE-Book, le livre sans visage, Le Figaro du 9 avril 2010 publie une sélection du New York Times qui met en relief de façon éclatante le mal de consternant l’Édition.
Il y est d’emblée déploré qu’avec l’avènement du lecteur électronique, “les éditeurs perdent la publicité qu'offre un simple regard sur une couverture papier”. Soit ! Mais la littérature est-elle devenue l’alibi de la publicité ?
On peut lire un peu plus loin : “Un nombre croissant de lecteurs optent pour le Kindle ou d'autres appareils électroniques et, avec également l'arrivée de l'iPad d'Apple, il devient plus compliqué de voir ce que lisent les autres ou d'afficher ses propres goûts littéraires”. Et encore :”On se sent fier de le lire”, déclare Bindu Wiles, qui se rappelle que, quand elle relisait Anna Karénine récemment, elle appréciait que les gens puissent voir la couverture dans le métro. Avec un Kindle ou un Nook, précise-t-elle, “personne ne s'en apercevrait”. Alors, on lit un livre pour que les autres voient ce qu’on lit ?! Je suggère que les éditeurs ou les libraires offrent, avec le livre, un bonnet avec lequel on pourra aisément “afficher ses propres goûts littéraires”
La même angoisse s’exprime chez les libraires : “Quand un client est attiré par la jaquette, c'est déjà un obstacle de franchi. Quand il prend le livre, une bataille décisive a été gagnée.” Mais elle sera plus difficile à remporter si personne ne sait si vous lisez Guerre et Paix ou Captifs du désir”. Le lecteur est définitivement ravalé à la place d’un consommateur de grande surface : c’est l’emballage qui compte !
On comprend maintenant, comment les éditeurs sélectionnent les manuscrits : le titre doit “flasher”, provoquer un peu : le sujet deviné doit faire résonner si possible une certaine actualité ; l’auteur doit être déjà porté par les médias. Le reste est affaire de couleur de couverture, de graphisme. Bref, il faut une couverture que l'on soit "fier d'exhiber dans le métro…" Le texte littéraire ? Bof ! Nul doute que Victor Hugo se serait mieux vendu avec une belle jaquette !
La sagesse voudrait sans doute qu’au vu de cette mutation formidable qu’elle est en train de vivre, l’Édition repense sa fonction et replace ses soucis marketing, certes légitimes, dans des proportions raisonnables au côté de la diffusion littéraire et culturelle. Une chose est de publier pour être vendu, autre chose est de publier pour être lu. Il semble qu’il n’en soit rien : “Certains (éditeurs) s'attendent à ce que les fabricants de lecteurs électroniques ajoutent des fonctions qui permettent aux utilisateurs d'afficher ce qu'ils lisent”. Et pour faire bonne mesure, certains se consolent en imaginant que le livre électronique, parce que discret, ne sera que le support favori des ouvrages érotiques. 
C’est être bien peu clairvoyant. La révolution qui se prépare est un bienfait pour la littérature dont naîtra une nouvelle renaissance. Mesure-t-on le big bang qui s’annonce ? Dans la mondialisation de la culture, déjà dans les faits, chacun pourra désormais, à moindre coût et dans toutes les langues bientôt, feuilleter, rejeter ou lire et conserver le œuvres d’innombrables auteurs du monde entier qui, sans ces moyens seraient restés inconnus. Car il y a au fond des atolls du Pacifique, sur les hauts plateaux andins, ou dans les glaces du Groenland, des gens qui ont aussi quelque chose à dire, que le despotisme du marketing leur interdit d'exprimer. Or, qu’est-ce que lire, sinon entrer dans l’intimité de l’auteur, dialoguer avec lui. Je prévois que cette possibilité sera la prochaine révolution technique. Oh, bien sûr, il faudra éliminer les inévitables adeptes de graffitis d'édicules ; il y aura des logiciels pour cela. Et alors, quelle richesse que lire et écrire. 
Un avenir immense s’offre aux métiers de l’édition en ligne.

jeudi 25 mars 2010

Le livre numérique

Une page entière du Figaro Littéraire nous rassure aujourd’hui : l’édition papier n’a pas à trembler devant le livre numérique ! Un sondage nous apprend que 91% des livres lus le sont sur papier, pour 1% seulement en tablette numérique. Ça, c’est un scoop ! Continuons : à l’avenir, 71% des lecteurs resteront fidèles au papier contre 7% qui utiliseront le livre électronique. Je ne sais ce qu’aurait donné un sondage qui aurait posé les mêmes questions il y a quelques années quand fut lancé le compact-disc. Le Figaro est un journal sérieux. Mais quand il faut remplir une page, il arrive qu’on y mette n’importe quoi.
Quelqu’un nous explique sur cette page qu’il ne pourra pas se passer du contact papier. Opinion largement entendue. Moi non plus, je n’aime pas lire sur ordinateur, cela me fatigue les yeux. Mais de là à m’en tenir au fantasme du contact charnel avec le papier… Je préfère m’intéresser au contenu du livre, et je fais confiance aux ingénieurs pour résoudre ces problèmes de confort des tablettes de lecture.
Cette même personne dit qu’elle annote tous ses livres. Moi aussi, et je me reporte fréquemment à ces annotations lorsque j’écris. Or, précisément, il est souvent laborieux de retrouver le livre, la page, où ai-je lu ça ? Le même travail fait sur tablette permettra désormais de retrouver sans difficulté, comme sur l’ordinateur, telle ou telle citation, même lue il y a des années. Quelle richesse, d’avoir sous la main, à tous moments et partout, toute la bibliothèque du monde !
Enfin et surtout, j’attends avec impatience la généralisation de ce nouveau média, parce que cela me semble être un évènement historique dont personne ne mesure la portée. L'histoire de l'humanité pourrait se résumer au récit de l'évolution de son pouvoir de communication. L'humanité a commencé à se construire le jour où la pensée naissante a trouvé le moyen cognitif de s'exporter chez autrui. Il faut mesurer cette dimension de l'Homme pour comprendre l’importance que revêt le livre numérique. Le progrès intellectuel de l’humanité, qui répond à l’entropie naturelle, se mesurera en termes d’énergie de communication dépensée. Lire, c’est pénétrer l’intimité mentale de l’auteur. Mesure-t-on le bond énorme, social et culturel, qui verra sept milliards d’individus s’écrire et se lire sans contrainte, d’un antipode à un autre ? Avec la diffusion instantanée, directe et enfin affranchie du filtre des systèmes politiques, ou de la dictature du bien-pensant, nous sommes sans doute en face d’un média naissant dont l’histoire dira qu’il fut aussi important que l’invention de l’imprimerie.

lundi 15 février 2010

Internet, un monde virtuel ?

Tel est le verdict du tribunal des médias. Face à un monde “réel”, qui serait vous et moi et tous les autres, se développerait, à grande vitesse sur la fameuse “toile”, un univers factice où chacun viendrait désormais vivre une autre vie. 
Cette pensée officielle reconnaît, certes, la puissance désormais incontournable de ce réseau de communication immédiate entre les hommes. Elle en accepte la conséquence heureuse qu’est l’explosion de la diffusion de la connaissance. Elle déplore avec raison que des régions trop vastes du globe terrestre en soient encore exclues, et s’interroge sur le visage du monde quand, en effet, six ou sept milliards d’êtres humains seront “connectés”. Mais elle n’en démord pas, ce monde-là est virtuel.
Mais le monde “réel” auquel pensent ces médias n’existe pas ! Ou, plus exactement, il est inaccessible, ce qui revient au même. Pour qu’il puisse se matérialiser, il faudrait que des communications physiques, réelles, s’établissent en nombre et instantanément entre tous les points de la Terre. Que chacun puisse se voir en vrai, se parler, se toucher. Ce n’est évidemment pas possible. Personne ne peut dire qu’il connaît la réalité de la Chine à l’Amérique, du Groenland à l’Antarctique. D'aucuns peuvent avoir séjourné ici ou là, mais jamais partout à la fois ni perpétuellement. La connaissance que nous avons de notre monde n’est que l’image que nous en fournissent les médias. Et c’est cette image que nous appelons réalité. Mais c’est elle qui est virtuelle !
Internet, au contraire, est en train de nous fournir la réalité du terrain. Sans fioriture, sans prisme déformant, sept milliards d’hommes et de femmes de toutes latitudes, de toutes conditions, de toutes cultures pourront bientôt, instantanément et simultanément, se parler, se voir et se comprendre. Alors, un monde réel s’ouvrira, qui n’a encore jamais existé dans l’humanité, et il en sera fini du monde virtuel de la pensée codifiée, aseptisée, préfabriquée.

jeudi 11 février 2010

Le cou de la girafe

Il est communément admis que le long cou de la girafe est le fruit de l’évolution adaptatrice. Les gènes de l’animal auraient enregistré l’incessant effort pour attraper et manger les jeunes pousses dans les arbres. Les girafes mieux dotées en long cou auraient eu, dès lors, un avantage et auraient prospèré mieux que les autres. Et ainsi de suite.
On peut se demander pourquoi les vaches n’ont pas un long cou, qui se sont efforcées aussi depuis toujours à attraper les pommes dans les pommiers. Ou encore, les chèvres que l’on voit au Maroc ou ailleurs grimper carrément dans lesdits arbres.
Quant à l’Homme, il devrait sa bipédie à ses longs efforts pour regarder par-dessus la savane. Il est heureux, alors, que l’herbe en question ait mesuré un mètre cinquante. Si elle n’avait pas dépassé cinquante centimètres, nous marcherions toujours à quatre pattes. Quelle aubaine pour les cordonniers ! Et si ladite herbe avait mesuré deux mètres cinquante, aurions-nous appris à sauter comme les kangourous ?

dimanche 7 février 2010

Particules

Les scientifiques ont compté les particules de l'Univers. C'est-à-dire les grains les plus petits de quelque chose. Il y en aurait dix à la puissance quatre-vingt… Le nombre dix, multiplié quatre-vingts fois par lui-même ! Un "un" suivi de quatre-vingts zéros ! Essayez de l’écrire et de le lire…  
Considérez, par exemple, un trajet de quinze kilomètres. C’est, par exemple, ce que vous faites pour aller au travail. Multipliez-le par dix à la puissance sept, c'est-à-dire par dix, sept fois. Quelle distance obtenez-vous ? La distance de la Terre au Soleil, soit cent cinquante millions de kilomètres ! Et vous n’avez multiplié que sept fois. Alors, quatre-vingts fois… C’est vraiment très très loin ! Inimaginable 
Vous pouvez tenter aussi de vous faire une idée de ce nombre en essayant de compter les grains de sable du Sahara… Puis en vous disant que dans chaque grain de sable il y a cent milliards de milliards d’atomes… Que pour compter ceux-ci, à raison de cent par seconde, il vous faudrait trois cents millions de siècles, pour un seul grain de sable. Puis ensuite, que dans chaque atome d’un grain de sable ainsi compté… Ah, et puis zut ! De toute façon, l’Univers est immensément plus vaste que le Sahara ! 

dimanche 31 janvier 2010

Malaisie

En Malaisie, la minorité chrétienne (<10%) et la majorité musulmane (60%) s’affrontent. Les églises sont vandalisées. La raison en est une querelle sémantique qui a dégénéré, au sujet de la “propriété” du mot Allah et du droit des uns et des autres de l'utiliser. Absurde et futile ! Et pourtant, voici ce qu’écrit, dans Le Figaro du 30 janvier 2010, Florence Compain : “L’ostracisme des non-musulmans est tel qu’ils perdent (les non-musulmans) leur sentiment d’appartenance à ce pays qu’ils considéraient jadis comme le leur. L’implosion guette un pays dévoré par le démon identitaire”.
Pourquoi la lecture de ce reportage m’a-t-elle fait frémir ? La Malaisie, c’est loin, c’est différent… Peut-être.

jeudi 28 janvier 2010

Français de souche





Claude Allègre et Denis Jeamba écrivent dans la rubrique “Débats, opinions” du Figaro du 27 janvier 2010 : “ Il n’y a pas de Français de souche (...) Le vocable “Français de souche” n’a aucun sens. Il y a belle lurette que la biologie de l’ADN nous a appris que nous étions tous métis ” !

Je ne sais si les auteurs de ces lignes ont voulu provoquer, ou si la pensée de 68 les habite encore, au point qu’ils ne s’attachent plus au sens des mots.
Le Larousse définit ainsi “la souche” : “Partie inférieure du tronc d'un arbre, d'où partent les racines”. 
S’il n’y a pas de Français de souche, alors la France n’a pas de souche, c’est à dire pas de racines. Ce n’est évidemment pas de la souche de ses montagnes et de ses plaines qu’il s’agit ! Autant dire qu’il n’y a pas de France, puisqu’un arbre sans racine, cela n’existe pas. Mais, si la France a bien une souche, celle-ci ne peut-être que la souche des Français. Donc, si la France existe, il y a bel et bien des Français de souche.

Puis ce dictionnaire ajoute à sa définition :”Origine de quelqu'un : Être de souche paysanne“. Et encore :”Source, origine, principe d'un ensemble ethnique, d'une famille linguistique : Mot de souche francique”. 
Le Littré, quant à lui, précise, sous l’acception figurée :”Celui de qui sort une génération. Celui qui est reconnu pour être le plus ancien dans une généalogie : La souche de la maison des Capétiens. Faire souche, être le premier d'une suite de descendants”.
On ne peut être plus clair. S’il n’y a pas de Français de souche, alors ces ouvrages donnent les définitions de mots qui n’existent pas ! L’origine, la généalogie, la génération, la descendance sont des mythes à proscrire. 

Un peu plus loin, les deux auteurs affirment :“Le produit de l’histoire le plus central dans l’identité nationale est, sans aucun doute, la langue”.
Mais, si l’identité nationale avait dû trouver son fondement dans la langue, alors les Canadiens seraient des Français, et les Alsaciens n’auraient jamais été des Français ! La langue commune découle de l’identité nationale, mais ne la détermine pas

Plus loin encore :“Après la langue, notre identité trouve son fondement dans la République où s’immergent les droits de l’homme et la laïcité”.
 Est-ce à dire que si la Révolution n’avait pas coupé la tête du Roi, il n’y aurait pas eu d’identité française ? Toutes les nations du monde, ou presque, ont forgé au cours des siècles leur identité. Je ne sache pas qu’elles soient toutes des Républiques. La République est un aspect heureux de l’identité française. Elle n’en est évidemment pas la cause.

Quant à la laïcité, il s’agit d’une règle d’administration de l’État français, qui lui impose de faire sa tâche sans considérer les différences religieuses. C’est une mesure sage, mais qui, à l’évidence, n’a pas vocation à fonder une identité nationale. Il y a assez d’exemples de pays dont on ne peut contester qu’ils ont aussi une identité, et dont l’État n’est cependant pas soumis à ce principe de laïcité. Et puis, invoquer la laïcité le lendemain de la glorieuse non-décision sur la burqa me semble mal venu. Comment ne pas voir que c’est au contraire la stratification des spiritualités depuis nos ancêtres de Lascaux qui a forgé l’identité française. C’est la longue sédimentation de la pensée qui a fait la France. La France est la construction de l’esprit, de pères en fils.

L’enquête sur l’identité nationale aura eu au moins le mérite de faire remonter à la surface, tous les lieux communs, les déclarations péremptoires infondées, les recopies de pensée unique, les sous-entendus inavoués. Et cela, parce qu’on a peur des mots, peur d’aborder la question de l’immigration que le politiquement correct interdit d’évoquer, peur de perdre des voix. Alors, on est prêt à faire de la France un terrain vague, ouvert à toutes les irruptions, à tous les affrontements, à ceux qui entrent sans frapper, et qui frappent une fois entrés…

Oui, il y a des Français de souche, comme il y a des arbres enracinés. Certains sont de souche très profonde. D’autres de souche plus récente. Mais ceux-ci n’en sont pas moins dignes d’être Français ! Et un jour, leurs descendants deviendront eux aussi de souche profonde.
La France n’appartient à personne. Ou plutôt, elle appartient à nos enfants et à leurs descendants. Il nous revient seulement de cultiver cette forêt France et d’en préserver les souches.

samedi 16 janvier 2010

Gaulois…

Un éditeur m’a dit que mes livres, “mêlant science-fiction, philosophie, métaphysique et connaissances scientifiques”, étaient bien trop “pointus”. Je viens de relire, sous la plume de Pierre CHAUNU ( L’obscure mémoire de la France - Perrin), que “les sépultures mégalithiques de l’Europe occidentale sont plus anciennes que les pyramides. (...) Une France de l’Ouest se dessine, soucieuse des mystères de l’au-delà, métaphysicienne, ésotérique, religieuse et mystique. Ils ont remué autant de pierres pour leurs morts que les Égyptiens, et ils l’ont fait, avant eux”.
Je dois être un peu Gaulois… (N'est-ce pas un critère d’identification nationale ?) et j'écris pour le Gaulois, ceux qui pensent que la culture de l'esprit est aussi nécessaire que la culture du corps.

Trop pointu…

Un excellent éditeur (je ne peux pas le citer sans son accord, mais je le ferais volontiers) m’a indiqué dans une lettre circonstanciée (c’est rare) que, “mêlant science-fiction, philosophie, métaphysique et connaissances scientifiques”, le manuscrit que je lui avais soumis était “trop pointu pour s’inscrire dans ses publications”. Cette franchise, dont je le remercie, m’a ouvert les yeux sur l’une des raisons des difficultés de l’édition pour un auteur. 
En effet, de toutes parts je reçois de chaleureuses félicitations des lecteurs de mon précédent ouvrage ("L'étoile de confiance" aux Éditions Publibook) qui me disent “avoir été passionné”, “y avoir trouvé matière à réflexion et apaisement”, “être ressorti du livre plus dilaté et ouvert”, “avoir compris le message d’espérance”, qui évoquent “le lyrisme avec lequel l’auteur nous entraîne dans ses convictions et ses passions”, ou qui s’associent aux compliments “que votre livre a pu vous valoir”.
Et pourtant, les éditeurs restent insensibles… Et un second ouvrage, de la même veine, est en train de connaître le même problème.
Car être éditeur, c’est aussi faire acte de commerce, et cela n’est pas critiquable. Or tout commerçant sait bien que pour faire du chiffre, il faut vendre au grand public. Seulement voilà, si ce public-là est prêt à faire de gros efforts physiques pour entretenir son corps — footing, vélo et salles de gym en attestent — il n’est pas du tout enclin à entretenir de la même façon sa pensée. Il est vrai que les médias lui en délivrent tous les jours une toute cuite. 
Alors, il reste à l’auteur deux solutions : ou bien écrire, lui aussi, pour faire du chiffre ; ou bien continuer de chercher un éditeur qui pense que la culture de l’esprit est aussi un métier.  

vendredi 15 janvier 2010

Trois cent Français à l'hectare…

À propos de ce sujet d'actualité, il me vient une idée de réflexion.
La France compte environ 65 millions d’habitants, sur un territoire de 655 000 kilomètres carrés, soit, en moyenne, un habitant à l’hectare.
Mais l’on peut aussi lire, sous la plume de Pierre CHAUNU ("L'obscure mémoire de la France"- Perrin - p 64) : “La France doit son sol, sa terre, ses paysages au long pétrissement de la main de 15 à 20 milliards d’hommes (...) qu’ont arrosés tant de sueur, de sang et de larmes”.
La France compte donc entre 230 et 310 habitants, morts, à l’hectare. Pour un Français vivant, 300 Français morts, sur chaque hectare du sol national ! Et, la densité démographique n'étant à l'évidence pas uniforme, on peut dire que dans zones les plus peuplées, les vivants marchent littéralement sur leurs morts. Nos jardins sont des sanctuaires. Si les corps ont une âme, alors la France a une âme.
Larousse définit cette identité comme "le caractère permanent et fondamental d'un groupe, qui a fait son individualité". Voltaire écrit dans son dictionnaire philosophique : "C'est la mémoire qui établit l'identité", et il illustre ce propos par la belle image d'un fleuve "dont toutes les eaux coulent dans un flux perpétuel. C’est le même fleuve par son lit, ses rives, sa source, son embouchure, par tout ce qui n’est pas lui ; mais changeant à tout moment son eau qui constitue son être, il n’y a nulle identité, nulle mêmeté pour ce fleuve".
L’identité nationale en question ne résiderait-elle pas ainsi dans ces vingt milliards de Français qui sont le lit permanent d'une eau éphémère ? Être français, dès lors, ce serait être l’héritier d’un instant, qui s’inscrit dans le cours perpétuel de l’identité nationale, comme passe l’eau dans le lit du fleuve.

jeudi 14 janvier 2010

Identité humaine




Débattre de l'identité nationale, c'est bien. Mais si l'on parlait de l'identité humaine ? Car la même interrogation vaut pour l’identité de l’Homme dans la création. Qu'est-ce qu'être Homme ? Qu’en est-il de chacun de nous, quand on sait que notre corps perd 500 000 cellules tous les jours, remplacés par autant de nouvelles ? En une année nous sommes un corps nouveau à 90%. Nous mourons ainsi tous les ans. Et au soir de notre vie, plus une seule des particules élémentaires de notre corps n’est d’origine. Une transfusion totale de matière s’est plusieurs fois opérée. Et pourtant, il semble bien que nous restions nous-mêmes. Alors, il faut bien admettre qu’autre chose nous définit, nous identifie. 
Devant cette question, Voltaire, de nouveau, rapporte ces belles lignes de Lucrèce qui décrit la crainte de l’homme devant la mort, « comme si n’étant plus, il pouvait être encore ». 
Le merveilleux de l'être humain n’est pas dans la matérialité de ces poussières innombrables qui font et refont maintes fois le corps, puis se lassent. Il est dans les interactions de ces particules, qui engendrent un pouvoir d’agir commun infiniment supérieur à la seule addition des pouvoirs de chacune. Comme ces hologrammes dont chaque parcelle peut restituer l’ensemble de l'image, chaque particule de notre corps porte en elle le savoir et la mémoire des autres, de toutes les autres. Chacune transcende la goutte d’eau qui fait le flot, pour s’exprimer dans la mémoire du temps zéro, ce point sans dimension qui contenait le Tout. 
Alors, chaque être humain, monceau de particules lui-même, porte ainsi en lui le souvenir de l’avant et la connaissance de l’après. Chaque homme exprime l’humanité entière, d’hier et de demain.
Si tu comprends cela, cher lecteur, tu retrouveras ta place pleine et entière dans ce monde qui t’inquiète. Tu es un relais indispensable dans le long fleuve de la vie, ici-bas. Pas un être créé n’est inutile ni accessoire. Regarde l’autre en pensant qu’en lui aussi il y a le Tout.