samedi 4 décembre 2010

Peur de la mort ?

Pourquoi avoir peur de la mort ?
Ou bien “après” la vie, il n’y a rien. C’est la conclusion à laquelle aboutit l’athéisme radical. Dès lors, pourquoi avoir peur de “rien” ? Pourquoi craindre de remplacer quelque chose par rien ? “Rien”, cela ne fait pas mal !
Ou bien après la vie il y a autre chose. Quoi ? Il ne peut s’agir de “quelque chose”. Car “quelque chose” suppose un espace pour le recevoir et pour le différencier “d’autre chose”. “Quelque chose” suppose aussi le temps pour séparer l’avant, où ce “quelque chose” n’est pas encore, de l’après, où il n’est plus. Or ce temps et son espace sont des données  de notre monde. Au-delà de la vie, espace et temps n’ont plus cours. Donc il ne peut s’y concevoir “quelque chose”. Alors quoi ? Que peut être l’opposé de “rien”, s’il n’est pas “quelque chose" ?  Eh bien, c’est “tout”. Au-delà de la vie, il y a “tout” ou “rien” ! Voilà l’équation. 
Dès lors, faut-il avoir peur du “Tout” ? Ce “Tout” qui, étrangement, figure le ciel que nous décrivent les Écriture, depuis quelques milliers d’années.  Ce “Tout”, que recouvre-t-il ? Les passés et les futurs superposés en un instant éternel ; les ici et les ailleurs réunis en un point infini ;  le bien et le mal, cette dimension négligée de notre espace-temps, cette diffraction du parfait que notre univers décompose, comme le prisme dénature la lumière blanche. 
Mais alors, ce "Tout" me renferme aussi ! Je suis en devenir, ici-bas, ce que je suis, déjà abouti, dans le tout. Si j'ai peur du "Tout", n'est-ce pas que j'ai peur de moi ? 

mercredi 24 novembre 2010

Calendrier cosmique

J’ai imaginé que l’Univers était né en même temps que vous, cher lecteur, et que ses 14 milliards d’années depuis le big bang ne duraient plus que le temps d’une vie, la vôtre (je vous ai accordé 100 ans dans mes calculs !). Voici ce que fut et sera votre spectacle.
À l’âge d’un jour moins quelques minutes, la nuit fait place à la lumière. À 21 ans vous assistez à l’assemblage de notre galaxie. À 66 ans vous voyez, pour la première fois dans l’histoire, s’élever le Soleil et à 67 ans vous fêtez la création de la Terre. À 71 ans seulement vous apparaît la vie, et vous devrez attendre le dernier mois de votre dernière année pour croiser l’ancêtre Australopithèque. Le 24 décembre de cette dernière année (si vous êtes né un premier janvier) vous apprenez le langage, et le 30 décembre, vous domestiquez le feu. Vous recevrez alors le diplôme de sapiens le 31 décembre, et décorez votre grotte à Lascaux dans la nuit du 31. Vous employez votre dernière heure à inventer l’agriculture, puis l’écriture, et connaissez Jésus-Christ à 23 heures, 52 minutes et 29 secondes.

dimanche 21 novembre 2010

La capote

En première info des journaux télé, hier soir : “Le pape a réuni les cardinaux(*) pour autoriser l’usage du préservatif…!”. Et en fin de journal : “Nous rappelons la principale information du jour : le pape autorise l’usage du préservatif…”. Ce matin, je me précipite sur les infos à la radio, au cas où… La nouvelle du jour : “Le pape pour l’emploi du préservatif ! Dans un livre à paraître, etc.”. Nul doute que demain matin, lundi, la presse écrite va en faire ses gros titres. Je les vois déjà à la une : “Révolution au Vatican… Changement de cap à l’Église catholique… Le préservatif enfin réhabilité…”
On comprend maintenant pourquoi nos contemporains étaient malheureux. On aurait pu penser que leur mal exprimait l’angoisse devant la faim dans le monde, par exemple ; ou la menace terroriste, l’extrémisme religieux ; ou encore la prolifération de l’arme atomique ; à moins que ce fût la fonte des glaces. Foin de tout cela ! Il s’agissait du pape et du préservatif. Maintenant que la grande nouvelle est tombée, tout va s’arranger.
L’histoire humaine a connu de grands événements depuis l’émergence de l’homo sapiens : l’invention de l’agriculture, il y a 12000 ans ; de l’écriture, il y a 5000 ans ; la chute de l’Empire romain ; la découverte de l’Amérique ; la première bombe atomique ; l’effondrement de l’URSS… Malraux avait dit que ce siècle serait religieux ou ne serait pas. Il n’avait rien vu. Ce siècle restera dans l’histoire comme le siècle de la capote !


(*) En réalité, l'ordre du jour de ce synode portait sur : l'Islam radical à la suite des attentats contre les chrétiens, les relations avec le protestantisme, la réforme liturgique, et le drame de la pédophilie. 

jeudi 11 novembre 2010

saint Martin

Chacun connaît sans doute le geste de Martin, officier de l’armée romaine à 18 ans qui deviendra saint Martin de Tours, partageant son manteau pour en donner une moitié à un malheureux grelottant de froid devant Amiens.
Mais sait-on que la nuit suivante, dans un rêve, Martin verra le Christ vêtu de ce pan de son propre manteau ?
Ainsi s’illustrait la sentence prononcée par Jésus, trois siècles avant, et rapportée par Matthieu : “Toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait“.

samedi 6 novembre 2010

"Avant" le big bang ?

 « Qu’y avait-il avant le big bang, cet instant zéro (ou presque) de l’Univers » ? La question n’a tout simplement pas de sens, puisqu’il n’y a pas “d’avant” commencement. Le temps n’existait pas avant, il est une invention de la création. La science le confirme, aujourd’hui. La Genèse biblique le disait depuis longtemps (… et ce fut le premier jour, etc.). Alors, peut-on demander : « qu’y a-t-il au-delà du big bang »? Même formulée ainsi, la question n’a pas plus de sens, puisqu’il n’y a pas d’espace “au-delà” de notre univers. L’espace et le temps sont deux représentations du même concept qui n’ont pas cours “au-delà” ou “avant”. Alors, que dire ? Pour essayer d’avancer, il faut comprendre que la création — et avec elle l’espace, le temps, la matière, la vie — n’est pas issue de rien, mais de tout ; que l’inverse de quelque chose, ce n’est pas rien, mais tout. Le temps et son espace associé ne sont pas le fruit d’une dimension supplémentaire, ajoutée par la création, mais bien d’une dimension supprimée, une cinquième dimension. Que peut donc être cette vérité en cinq dimensions, dont est issu notre monde, sinon le royaume du Tout ? Un “toujours” dans un instant sans durée ; un “partout” dans un point sans étendue ? Une éternité contenue dans le zéro-temps ; un infini enfermé dans le zéro-espace.Comprendre cela, c’est s’ouvrir à une vérité du monde qui s’inscrit à merveille, autant dans sa description mathématique contemporaine, que dans le magnifique récit biblique de nos aïeux.J’ai entrepris de raconter cela dans mon livre “Le ciel du ciel, ou la dimension cachée”. Les héros de ce roman fantastique et captivant vous emmèneront à la porte de cette vérité qu’ils entrouvriront pour vous.

samedi 16 octobre 2010

Un peu d'au-delà.

Séance de dédicaces, hier, à Cultura de Chambray-lès-Tours. Une demi-douzaine d’auteurs tourangeaux présentent leurs ouvrages au milieu des rayons. Mes deux livres affichent fièrement leur sujet : un peu de spiritualité, une vision de l’Univers, un sens à la vie, qu’y a-t-il au-delà du big bang ?
 Les chalands passent. Les uns regardent sans comprendre. D’autres font un détour, de peur d’être agressés. Ou pressent le pas, prenant l’air affairé par leurs soucis. Quelques un lisent les affichettes-annonces en continuant de passer ; on voit leurs lèvres remuer ; ils s’arrêtent pour finir de comprendre et repartent, dubitatifs. 
Un peu d’humanité, enfin, dans cette absence d’âme. Des personnes s’arrêtent, s’approchent tout sourire, engagent la conversation sur le sujet. Dehors, on parle retraites, manifs…
Et parmi ceux-ci, deux visiteurs me réchauffent le cœur. Deux personnes aux antipodes du spectre socioculturel. L’un est astrophysicien. Joie d’échanger avec un scientifique dont les travaux sont le socle de mes réflexions sur l’au-delà de la matière. L’autre se présente compagnon forgeron. Je lui dédicacerai mon livre à son surnom de compagnonnage. Il en sait plus long que moi sur l’ésotérisme. 
Non, décidément, il n’y a pas à désespérer de cette Françe, elle reste profonde quand on balaye un peu.

lundi 4 octobre 2010

Sainte Bible

Je conserve, parmi mes livres les plus précieux, une traduction française de la Grande Bible (manuscrit réalisé au XIIe siècle en l’abbaye de Clairvaux sous la conduite de saint Bernard) que, faute de lire l’hébreu et le chaldéen pour remonter aux sources plus lointaines, je considère comme authentiquement catholique. Il s’agit de la traduction de l’abbé Crampon antérieure à 1894, complétée, après la mort de celui-ci, par les Pères de la Compagnie de Jésus, et finalement éditée en 1923 par la Société de saint Jean l’Évangéliste.
Je viens d’en trouver sur internet l’édition complète, rigoureusement conforme. Je la livre avec joie à tous ceux qu’intéresse la richesse de ces textes : http://bible.catholique.org/

jeudi 30 septembre 2010

Culture.

Pour dominer les circonstances, il faut les regarder de haut. Alors le désordre disparaît. La mer déchaînée devient étale vue du ciel. La force du détachement opère, si l’on sait libérer les événements, comme le cavalier s’abandonne aux allures du cheval pour mieux le maîtriser. Les difficultés se hiérarchisent, la conjoncture tourne au favorable quand on l’irradie de sa paix intérieure.
Le chef est celui qui sait remonter au sommet pour maîtriser les situations, pour comprendre et inventer l’inédit, pour décoder le futur et créer l’avenir. 
Seule la culture de l’esprit, acquise par un effort personnel d’information et de réflexion sur le monde et la société, procure cet équilibre de soi-même. Raoul Dautry disait que les chefs de l’avenir devraient posséder 25% de technique, 25% d’imagination et 50% de culture.
Se cultiver, c’est acquérir les connaissances contemporaines des sciences de l’Univers et de l’Homme, sans lesquelles ne peuvent être comprises les situations. C’est ensuite faire l’effort de l’humilité, relativiser sa place dans la totalité de l’action des Hommes, s’y relier comme un maillon de la chaîne. C’est enfin baliser le chemin des sommets pour acquérir la hauteur spirituelle de vue, la connaissance des dimensions cachées qui révèle les vraies valeurs, qui fait deviner les signes, qui ouvre l’intuition.
Se cultiver, c’est aussi prendre une assurance sur la vie. Veut-on conserver en état de marche, quelque temps encore, les cent milliards de neurones connectés cent mille fois chacun qui constituent notre machine intellectuelle ? Des expériences l’ont prouvé : la stimulation intensive de ce réseau cognitif, et le maintien d’un haut niveau culturel retardent l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer.
Saint-Exupéry illustrait ainsi cette nécessité:
 ”Le médiocre, sorti dernier de Polytechnique, en sait plus long sur la nature et sur les lois que Descartes, Pascal et Newton. Il demeure cependant incapable d’une seule des démarches de l’esprit dont furent capables Descartes, Pascal et Newton. Ceux-là, on les a d’abord cultivés”

J’ai tenté dans trois livres (“L’étoile de confiance“ et “Le ciel du ciel“, aux éditions publibook.com ; Hymne à l'au-delà, à la Société des Écrivains), d’apporter ce moyen de culture de l’esprit. 
Avec le premier, j’emmène le lecteur dans un fabuleux voyage aux limites du cosmos, au plus profond de la matière, et au cœur de la vie. Dans un langage accessible à tous, m’appuyant sur les découvertes les plus récentes de la science, je décris une vision renouvelée de l'Univers, qui redonne sens à la vie, joie de vivre et d'agir. 
Avec le second, je pousse un peu la porte du big bang, ce point zéro de la création d'où tout est issu : qu'y avait-il avant le big bang ? “Le ciel du ciel“, un roman étourdissant de l'esprit, s'adresse à tous ceux qui, dans un monde qu'ils ne comprennent plus, osent encore réfléchir malgré la chape de la pensée préfabriquée ; à ceux qui sont en quête de repères et d'idéaux ; à ceux qu'habite cette impression fugace d’appartenir à un mouvement cosmique qui nous englobe, nous entraîne, nous appelle. Ce livre apporte la culture spirituelle indispensable au développement humain. Il dilate la personnalité. Il suggère l'ouverture à la vérité du monde. Il soutient l'équilibre du corps et de l'esprit dans le tourbillon de la vie.
Le troisième, écrit en coauteur avec Françoise Ribera, artiste peintre de l'abstrait symbolique qui accompagne mes textes de 18 œuvres toutes inspirées de mes précédents livres, s'adresse à tous ceux qui veulent regarder l'au-delà à travers l'art et la poésie et la magie des mots.

lundi 20 septembre 2010

Pédophilie

Notre réaction, face au chancre de la pédophilie dont fut atteint, paraît-il,  un certain clergé heureusement marginal, révèle une vue bien courte et une pensée quasi nulle. 

Car, enfin, qui sont ces individus pervertis, sinon le produit, eux aussi, des idées libertaires qui contaminèrent la jeunesse occidentale voici une quarantaine d’années ? Qui sont-ils, d’ailleurs, ceux qui crient le plus fort, sinon ceux qui véhiculèrent et véhiculent encore cette infection ? 
Et l’on veut mettre cet abcès dans la balance, en regard des deux mille ans d’histoire de la chrétienté ! Vingt siècles qui ont façonné nos ancêtres dans le plus profond de leur âme et dont nous portons aujourd’hui les chromosomes. Quatre-vingts générations de grands-parents ont légué à chacun de nous leur foi, leur joie, leur martyre parfois.
Non, ces pustules postsoixante-huitardes n’ont rien à voir avec la chrétienté dont je continuerai de revendiquer très fièrement l’héritage.

dimanche 19 septembre 2010

Mourir de soif.

Un enfant, dans le monde, meurt de faim ou de soif toutes les six secondes. Quatre milliards d’êtres humains sur la Terre (60% de l’humanité !) manquent d’eau potable. Or, ce n’est pas l’eau qui manque, mais l’énergie abondante et bon marché pour la traiter et la distribuer partout dans le monde. Est-ce en plantant des éoliennes en Beauce, par exemple, que l’on va apporter à ce problème angoissant le moindre début de solution ? Il est vrai que l’écologie moderne ne s’angoisse pas pour ces considérations là. Son problème c’est son jardin perso, “ma planète à moi que les autres salissent”. Ils parlent de “sauver la planète”, mais c’est à eux qu’ils pensent. Qui se soucie de “porter secours aux autres”, et en particulier à ceux qui ont soif ? Non pas en leur distribuant des camions de bouteilles d’eau ; cela ne résout rien. Mais en investissant massivement les richesses mondiales dans le développement et la distribution de la seule énergie capable de juguler ce fléau. Une énergie colossale, dissimulée au cœur de la matière, par la nature généreuse et prévoyante, et que les hommes commencent à savoir extraire et maîtriser. S’il reste beaucoup à faire, que ceux qui ont peur pour leur sécurité personnelle pensent à ceux qui ont soif.

dimanche 12 septembre 2010

Religions



Quelqu'un m'a dit, récemment : "Je considère que les dieux et les religions ont été inventés par les hommes pour expliquer ce qu'ils ne comprenaient pas." J'ai pris quelque temps pour réfléchir, car la remarque mérite attention. Je suis arrivé à la conclusion qu'alors, s'il en est ainsi, lesdits inventeurs de religions furent des génies. D'autant qu'il faut remonter à des époques déjà lointaines, voyez l'Ancien Testament, quand les hommes n'avaient pas le savoir qui est le nôtre aujourd'hui. Car, et c'est là où je veux en venir, plus la science des hommes progresse, plus ce que l'on découvre s'accorde avec les religions dites inventées, selon mon interlocuteur. Aux confins de l’infiniment petit, la science a entrouvert la porte d’une sorte d’au-delà de notre espace-temps. Aux limites de l’infiniment grand, ses télescopes ont découvert ce qui ressemble bien aux vestiges d'une création. Alors, si des hommes ont su inventer ces religions-là, qu'il me soit permis de leur faire confiance, et de les suivre. 

samedi 28 août 2010

L'Histoire au collège.

Voilà qu’une nouvelle polémique médiatique est en train de naître à propos des programmes d’histoire au collège : “Napoléon, Clovis et Louis XIV y seraient réduits à la portion congrue, au profit de l’étude d’empires africains comme Songhaï ou Monomotapa, de l’Empire chinois des Han ou de l’Inde des Gutpa”. (Le Figaro 28 08 2010)
Dans un camp on trouve les défenseurs de l’histoire de France, sanctuaire de notre identité nationale. Dans l’autre camp se rangent les partisans de l’ouverture au monde, qu’il n’est plus possible d’ignorer. Les deux ont raison, les deux ont tort. 
Nous sommes face à un problème de civilisation, qui touche l’humanité entière. Le savoir a débordé l’homme. La masse, devenue colossale, de connaissance que les générations futures devraient ingurgiter pour suivre les progrès de la civilisation, à désormais dépassé les capacités cognitives du cerveau humain. Et ceci ne vaut pas seulement pour l’histoire, mais pour les sciences, pour les langues, pour toutes les disciplines de l’enseignement. Comment superposer à nos anciens programmes, sans rien en enlever, l’étude de la Chine, de l’Inde, du Moyen-Orient, mais aussi du big bang, de l’infiniment petit quantique, de la génétique, de l’art, de la littérature, etc ? 
Nos enfants sont-ils condamnés à être des ignorants de pans entiers du savoir humain, seulement spécialisés dans telle ou telle discipline ? De tels cerveaux, alors, seraient infirmes. Ou bien, chacun devra-t-il se contenter d’une vague coloration d’un savoir commun, utilitaire, à charge pour certains de se spécialiser ensuite ? Mais alors, les autres, quel avenir ? Les progrès de la technologie, autour de solutions comme Internet, ou la diffusion du livre électronique, viendront-ils au secours des neurones ? Alors, ce n’est pas seulement de programmes qu’il faut parler, mais d’une refonte totale de l’enseignement, à la hauteur de l’enjeu du troisième millénaire.

dimanche 22 août 2010

Kipling

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître 
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage 
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling

jeudi 19 août 2010

Injection médicalisée de la drogue !

Face à l’incohérence de la proposition de créer en France, des salles d’injection légale d’une drogue illégale, quelqu’un propose, dans la presse, d’en réserver la distribution aux pharmacies !
Voilà en tout cas, qui ferait bondir le chiffre d'affaire des officines ! Transférer, avec exclusivité bien sûr, le fonds de commerce de la drogue dans les pharmacies, quelle géniale idée ! Avec remboursement par la Sécurité sociale, pendant qu'on y est ! 
Réfléchissons un peu. Ou bien la drogue est dangereuse pour la santé publique, ou bien elle ne l'est pas. Si elle ne l'est pas, pourquoi en rendre le commerce illicite ? On pourrait même l'organiser, le patenter et prélever l'impôt. Les bureaux de tabac y retrouveraient l'activité d'antan. Soixante-cinq millions de Français se shooteraient légalement et le commerce serait florissant. Mais si la drogue est dangereuse, comment deviendrait-elle inoffensive en transitant par les pharmacies ?
Alors, que faire ? À force d’éluder la question, on laisse l’incendie se propager. Or n’importe quel pompier vous dira qu’il faut combattre l’incendie à la base des flammes. Ce n’est pas en faisant la chasse aux petits dealers de banlieues que l’on maîtrisera la situation, mais en démantelant les cerveaux de ce business international. Mais voilà, qui va-t-on découvrir ? Les ramifications sont tellement énormes, les réseaux si puissants, les retombées tant bénéfiques pour beaucoup, que personne n’ose s’y frotter.
Une autre approche serait de s’interroger sur les raisons de l’assuétude qui affecte les populations consommatrices. Ce besoin croissant de drogue n’est-il pas l’une des conséquences calamiteuses de la déstructuration spirituelle des individus, systématiquement pratiquée depuis quarante ans (faites le compte) ? À force de vider les esprits, par les médias et par l’école, de tout sens de la vie, on les a précipités dans la fuite ; et la fuite, c’est la drogue. Alors, une thérapie pourait-être de remplacer enfin cette culture du néant, par un retour à l’humanisme, à la primauté de l’esprit sur la matière, à la magnificence de l’être humain. Qu’il serait beau le pays où chacun retrouverait sa place et son rôle sur la scène de la vie. Alors il n'y aurait plus besoin de drogue.

mardi 10 août 2010

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

On peut lire dans l’excellent magazine Le Point de cet été 2010 les propos du philosophe André Comte-Sponville :
 “La plus grande de toutes (les questions métaphysiques concernant l’origine du monde) reste : Pouquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Question définitivement sans réponse (...). Pourquoi le big bang plutôt que rien ? (...) Pourquoi Dieu plutôt que rien ? On ne répond jamais, on ne fait que déplacer la question…”
Pour ceux que la torpeur de l’été pousse à la méditation, je veux livrer cette piste de réflexion. 
Pourquoi butons-nous sur l’apparent mystère de cette vieille question de Leibnitz ? Parce nous ne pouvons nous extraire du décor du temps et de son espace ; parce nous ne faisons pas l’effort de penser en cinq dimensions. Alors en effet, comment comprendre que “quelque chose” jaillisse de “rien” ? Mais, oû voyons-nous que l’inverse de “quelque chose” est “rien” ? 
La création est un acte qui s’engendre hors du temps, puisque le temps fait à l’évidence partie de la création. (La Genèse ne dit pas autre chose qui décompte le temps au fur et à mesure de ses actes de création : “ce fut le premier jour… le deuxième jour… et ainsi de suite”).
Que peut-être ce monde, considéré en cinq dimensions, sinon le royaume du Tout ; du Tout temporel, avant et après confondus en un instant éternel ; du Tout spatial, ici et ailleurs confondus en un point infini ?
La Création, dès lors, est la vision qui nous est donnée, en séquences successives, dans notre espace-temps à quatre dimensions, d’une vérité totale, qu’en termes de religion nous appelons Dieu. 
La question ci-dessus évoquée est le parfait exemple de cette illusion d’optique, de cette erreur d’observation. En deçà du commencement il n’y a ni quelque chose ni rien. Il y a Tout. Ce quelque chose qui crée mystère, n’est pas issu de rien mais de Tout. Et la question aurait dû être : “Comment aurait-il pu se faire qu’il y eut rien, qu’il n’y eût pas Tout ?”.