lundi 1 mai 2023

"Burn-out"

On peut sourire de cette maladie moderne. Je ne le ferai pas. Deux générations qui m'en séparent me font comprendre ce mal-être que je préfère appeler détresse professionnelle. Car, c'est de cela qu'il s'agit. 

Jadis, nous, les vieux, et nos parents encore plus, avons aussi connu des passages difficiles, voire angoissants, dans notre vie professionnelle ou, parfois, familiale. Mais, en ces temps-là, nous vivions dans le temps. Il y avait un présent, mais il y avait aussi un passé et un futur. Il y avait un aujourd'hui, mais qui n'occultait pas l'hier ni le demain. Il y avait cette année, mais encore l'année dernière et probablement une année prochaine. Cela veut dire que nos agressions du jour s'inscrivaient dans un continuum de temps dont le présent n'était qu'une parcelle, et ne pesait que son poids de parcelle. Combien d'agressions du présent se sont ainsi digérées dans le temps ! 

Or voilà qu'aujourd'hui, les technologies modernes ont brisé les passés et les futurs,  laissant l'être humain à la merci d'un insatiable présent. Chacun s'est moulé avec délice dans l'instantanéité du smartphone, des SMS, d'internet etc. Tout doit avoir une réponse immédiate. Il n'est plus demandé de réfléchir pour agir. Au point que l'on invente maintenant une intelligence artificielle pour remplacer feue l'intelligence naturelle dont on est prié de ne plus se servir. Des fortunes se sont faites autour de ces technologies diaboliques, mais au prix de l'enfermement de l'Homme dans une prison sans fenêtre sur l'espace-temps du dehors. Comment, dès lors, sans voir au delà de ses murs, ne pas sombrer dans le désespoir du présent sans issue ? 

Le culte du passé est peut-être un privilège de l'âge. Plus le mien avance, plus je m'émerveille de ce que j'ai fait en si peu de temps de ma pourtant déjà longue vie. Alors, je me projette instantanément dans le futur. Ainsi, les mauvaises nouvelles du présent sont déjà devenu le passé quand elles m'accablent. Et je dis à ce présent qui cherche à m'accaparer, qu'il fait bien du bruit, pour un instant qui ne compte guère, coincé entre passé et futur qui se rejoignent à chaque seconde.

Amis, victimes de la détresse du temps présent, réapprenez à vivre dans le temps. Aujourd'hui pèse peu, et demain sera bientôt hier.

Aucun commentaire: