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mercredi 21 octobre 2020

« Tapuscrit »...!


 Je ne sais qui a inventé ce mot, mais il est stupide, en plus d’être laid. Au prétexte qu’un manuscrit est écrit à la main, il deviendrait "tapuscrit" s’il est tapé à la machine ? Mais alors, s’il est écrit à la plume, faut-il dire un "pennuscrit" ? Et nos aïeux qui gravaient leurs œuvres sur des tablettes d’argile faisaient-ils des "gravuscrits" ? On pourrait continuer avec les "bicuscrits" du célèbre baron… Et puis, les moyens modernes permettent aussi de dicter son livre à son smartphone ; alors, "dictuscrit" ? 

La vérité est que le substantif "manuscrit" désigne l’original de l’œuvre écrit "de la main" de l’auteur, et non pas "avec sa main" (sauf à tremper l’index dans l’encrier)... Un écrivain écrit avec sa pensée. Sa main et les outils qu’elle tient n’ont rien à voir dans l’affaire. Le "manuscrit", dès lors, c’est-à-dire l’original, s’oppose aux copies qui en seront faites ensuite par le miracle de l’imprimerie, et désormais de l’électronique.

Chers auteurs, proposez votre manuscrit à ID FRANCE LOIRE Éditeur (en ficher électronique bien entendu). Il sera lu rapidement et avec un peu de chance...

samedi 22 août 2020

Le livre et "l'Intelligence" artificielle


Voilà que les apprentis démiurge de « l’intelligence artificielle » prétendre écrire des livres tous seuls, « presque » aussi bien que des vrais ! Savent-ils ce qu’est un livre ? C’est la pensée d’un auteur, plus ou moins bien exprimée, mais pensée quand-même. Savent-ils ce qu’est la pensée ? C’est la dimension cachée de l’être humain, qui s’exprime depuis son au-delà. C’est l’indiscible qui tente de se faire entendre à travers les mystérieuses particules quantiques de la créature humaine. Croit-on pouvoir brancher un ordinateur sur l’Au-delà ?

lundi 4 février 2019

Le livre

Autrefois, un livre imprimé ne pouvait être modifié qu'en réédition. Aujourd'hui, on imprime à la demande. L'auteur est donc fondé à corriger son texte à volonté, l'amender, le compléter, etc. (On imagine "Les misérables" versions 1, 2, etc...?). Quant à l'avènement du livre électronique — inéluctable à terme malgré les réticences actuelles compréhensibles — il bouleversera par sa malléabilité totale le concept du livre, avec en plus le droit de réponse du lecteur !
Mais, si le livre papier doit un jour disparaître au profit de l'électronique, comme la pierre gravée a disparu au profit du papyrus et du parchemin, puis ceux-ci au profit du papier imprimé, j'espère au moins que l'écriture ne disparaîtra pas au profit de l'image fixe ou animée. De même que la parole est le propre de l'homme, l'écriture est la créatrice de sa pensée, et le vecteur indispensable à sa transmission. L'image, même animée (laquelle n'est alors qu'une succession d'images fixes) est figée sur un état, une situation, l'atmosphère d'un instant. Elle enferme la pensée dans ce qu'elle est à cet instant. L'écriture transcende l'image en laissant l'imagination construire celle-ci. Si l'écriture meurt, la pensée mourra, et l'Homme avec.

mardi 20 juin 2017

Le livre électronique

Ainsi, Victor Hugo, lu sur un écran, n’est plus Victor Hugo ! C’est en tout cas la vision que la Commission de Bruxelles avait (*) de la littérature, qui imposait une TVA de 20% sur les livres électroniques, quand celle-ci est à 5,5% sur les livres papier, au motif que, si le livre papier est un bien culturel, le livre électronique n’est qu’un service. Le patrimoine culturel, pour les édiles de l’Europe, c’est le papier et le carton, pas ce qui y est écrit. L’art, pour ces gens-là, c’est ce qui s’accroche au mur du salon, qui va bien avec les rideaux ; ou bien, ce qui se montre dans la bibliothèque, avec un joli dos. Qu’on me permette de penser que le patrimoine culturel réside dans la pensée qui est écrite, et non dans le support. Faut-il écrire sur les parchemins du IIe siècle, ou sur les papyrus égyptiens, pour que la Commission de Bruxelles considère qu’il s’agit de patrimoine culturel ? Et quand, demain, l’écriture numérique sera remplacée par un autre média, ladite Commission cédera-t-elle encore aux lobbies des boutiquiers pour punir l’innovation technologique qui leur crée problème ? Ne comprend-on pas que la différence entre l’animal et l’homme est que, chez celui-ci, l’inné n’existe pas ; que l’humanité ne progresse que grâce à la diffusion de son savoir acquis au fil des temps, et qu’il n’y aurait ni Commission, ni Europe, ni France aujourd’hui, si la littérature en était restée au support des tables gravées par des scribes. L’écriture électronique, qui balbutie encore, est un formidable outil de diffusion mondiale de culture pour les siècles à venir. Son destin mérite d’être remis en des mains éclairées.
(*) Directive non suivie par la France, où le taux de TVA reste, depuis 2016, à 5,5 % quel que soit le support.

mardi 15 mars 2016

Le livre électronique

Lorsqu'il y a cinq mille ans, fut inventé le papyrus égyptien, les scribes, qui jusqu'alors gravaient soigneusement leurs tablettes en pierre, crièrent au sacrilège. Trois mille ans plus tard, la même indignation accueillit sans doute l'avènement du parchemin. Lequel, à son tour, fut bien obligé de s"incliner devant Gutenberg et sa diabolique invention de l'imprimerie sur papier vulgaire. 
Aujourd'hui s'opère la mise en place historique d'un cinquième support de la pensée écrite : l'électronique. Dans la mondialisation de la culture inhérente à l'explosion de la communication instantanée entre les hommes, chacun peut désormais, à moindre coût, et bientôt par delà l'obstacle de la langue, feuilleter, lire, conserver ou rejeter les œuvres d'innombrables auteurs inconnus du monde entier. Car il y a au fond des atolls du Pacifique, sur les hauts plateaux andins, ou dans les glaces du Groenland, des gens qui ont aussi quelque chose à dire, que le marketing éditorial actuel leur interdit d'exprimer. 
Avec cette explosion de la diffusion s'ouvre l'ère de l'édition interactive. Lire un livre électronique, c'est désormais pouvoir dialoguer avec l'auteur en temps réel. Chaque page, chaque idée, peut ainsi être enrichie par de multiples pensées. La littérature devient œuvre universelle.
ID FRANCE LOIRE, éditeur, a décidé d’offrir les deux approches à ses lecteurs. 
Il y a ceux pour qui le livre est aussi un objet, inconditionnels de la belle couverture et du contact charnel avec les pages que l’on tourne. Il revient dès lors à l’éditeur de prendre soin d’y inclure l’enrichissement littéraire que le lecteur est aussi en droit d’attendre.
Il y a ceux pour qui le livre est avant tout un contenu littéraire, une pensée qui s’exprime, un dialogue qui s’ouvre. La magie de l'électronique et d'Internet leur offre un immense futur.

jeudi 24 septembre 2015

Le livre numérique


C’est fait ! Les grands industriels de l'édition sont arrivés à leurs fins : faire barrage — provisoirement — au livre numérique. La vente des eBooks stagne aux États-Unis à 20%, et même commence à baisser. Comment ? Voilà des mois qu’ils se battent pour faire monter les prix du numérique. Aujourd’hui, on propose des eBooks à 15 $, quand la version papier est vendue à 19 $. On trouve même des livres numériques plus chers que des versions papier ! Rien d’étonnant que, dans ces conditions, les consommateurs ne voient aucune raison d’investir dans une tablette de lecture. Or, c’est une escroquerie ! Le prix de revient d’un fichier numérique n’a rien à voir avec celui d’un livre papier. Il n’y a ni imprimeur à payer, ni frais de transport, de distribution, de stockage et de manutention. Un livre papier vendu à 20 € peut facilement se vendre moins de 7 à 9 € en conservant le même niveau de marge. Mais voilà ! La “chaîne du livre” est directement menacée. Elle se défend. Cela se comprend, mais présente bien le visage d’un combat d’arrière-garde. On ne tue pas une révolution technologique comme celle-ci, du niveau de celle que fut jadis l’invention de l’imprimerie, par quelques accords de négoce aux franges de l’illicite. Je ne serais pas étonné que bientôt se fassent jour des vecteurs de diffusion du numérique sur des chemins parallèles. On voit bien Apple se préparer à vendre des voitures ! Alors, des livres…  

Ceci étant, je n’ai aucun intérêt personnel dans telle ou telle forme d’édition. Seule la littérature m’intéresse. Le contenu et non l’emballage.

mercredi 6 août 2014

La mort du Journal Officiel ?


La version papier du Journal officiel va disparaître au profit de sa seule publication numérique. Le “JO“, dont l’origine remonterait à Richelieu, est l’organe officiel par lequel l’État promulgue ses lois. Et voilà que la presse (Le Figaro de ce jour) parle de “fin programmée d’une institution française“ : 
« La disparition de sa version imprimée (…) fait partie d’un contexte global d’affaissement progressif de l’autorité de l’État (…) Le passage complet d’un journal au numérique — on se souvient du triste destin de France Soir — est la marque d’un déclin, sinon d’un décès annoncé. (…) Cette dématérialisation (…)  suscite des interrogations sur l’avenir de ce quotidien qui est l’expression de la puissance publique, voire sur l’autorité de la République en général ».
Sans papier, plus de lois, plus d’État, rien de moins ! On croit entendre les scribes qui gravaient les édits dans la pierre, crier au sacrilège quand, voici 5000 ans, les Égyptiens prétendirent utiliser à cet effet leur vulgaire papyrus. Il semble bien, pourtant, que l’humanité y ait survécu. Et, quand, il y a six siècles seulement, Gutenberg utilisa sa diabolique invention de l’imprimerie sur papier, je suppose que les dérouleurs de parchemin hurlèrent à leur tour à la fin du monde. Or, c’est l’inverse qui se produisit : la culture, et donc l’humanité, fit un bond dans son progrès. 
Eh bien ! Qu’on le veuille ou non, s’opère aujourd’hui sous nos yeux l’avènement historique du cinquième support de l’écriture, l’électronique. Personne n’en mesure la portée, y compris dans la diffusion de la pensée. C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui inquiète le plus les médias traditionnels : ne plus contrôler la pensée. Si la dématérialisation du journal officiel doit être considérée comme un symbole,  c’est de cet évènement-là qu’il s’agit.

mercredi 17 juillet 2013

Harry Potter et le pseudonyme


L’auteur de “Harry Potter“ a publié récemment un roman sous un pseudonyme inconnu. Résultat, un flop : un petit nombre de lecteurs apprécient l’ouvrage, les critiques sont bonnes, mais les ventes ne décollent pas. Puis le “grand“ public apprend la véritable identité de l’auteur : aussitôt, les ventes explosent ! 
C’est ainsi ! Pour le plus grand nombre, l’on n’achète pas un livre pour ce qu’il contient, mais pour la notoriété médiatique de l’auteur. Quant à formuler une appréciation sur l’ouvrage, on s’en remet aux médias qui diront ce qu’il faut penser.
On savait déjà que règne dans l’édition la dictature de la légitimité professionnelle, sociale ou corporative de l’auteur. Ne parlez pas de philosophie si vous n’êtes pas un intellectuel autoproclamé. N’écrivez rien sur la science ou la métaphysique si vous n’êtes pas chercheur ou enseignant. Ne vous mêlez pas des affaires de l’embryon et de la vie si vous n’êtes pas médecin, professeur de quelque chose. Le lecteur a peur de celui qui n’est pas dans la bonne case. 
On sait désormais qu’en plus, le public veut lire du “Untel,“ et veut que cela se voie. Et si Untel se dissimule, son livre ne se vendra pas. 
Voilà pourquoi j’applaudis à l’avènement du livre électronique. Ce diabolique ustensile va faire sauter la dictature du littérairement correct en replaçant au premier plan le contenu du livre, et non plus le pedigree de l’auteur. Le libre accès, moins onéreux, à la formidable production littéraire mondiale, affranchi du filtre commercial de l’édition, va provoquer une véritable renaissance de la lecture et, souhaitons-le, de l’esprit critique.

samedi 13 avril 2013

Le goût de lire…


Chapitre (librairie) supprime 20% de ses effectifs“. C’est considérable et probablement létal. “Virgin (dans l’attente d’un repreneur) perd 4 à 5 millions d’euros de trésorerie chaque mois, “ce qui permet de tenir jusqu’à fin juin“. Deux informations angoissantes dans un secteur qui va très mal. Et pourtant, il n’y a jamais eu autant de manifestations littéraires en France. Bientôt, pas un village qui n’ait son petit salon du livre. Seulement, voilà ! On vient y pour “se ballader“ ; pas pour acheter. Ou bien on achète pour avoir ; pas pour lire. Pour avoir le dernier people à la mode, écrit par un nègre, où il n’y a rien à lire.  Qu’importe, on n’a plus le temps de lire.
Alors, les libraires ne sont-ils pas à la hauteur ? Ou bien les auteurs sont-ils mauvais ? Ou encore, les éditeurs négligent-ils leur mission de promotion de la littérature au profit de la recherche des bons coups commerciaux ? Comment redonner le goût de lire ? Le livre électronique y parviendra-t-il ? Ou bien faut-il taxer la télé, tueuse de lecture ?
Allez ! J’ai un manuscrit à éditer, un autre à finir, des idées plein la tête…  

samedi 23 février 2013

Fin de l'écriture manuelle ?

“Le Point“ publie cette semaine un article sur un sujet inattendu : l’écriture manuelle est-elle devenue inutile ? Faut-il en supprimer l’enseignement à l’école, au profit de l’apprentissage de l’usage du clavier ? Question iconoclaste qui fait bondir ! Et pourtant… 
Un premier débat — qui a un train de retard sur la technique, comme toujours — fait rage entre les défenseurs du livre papier et les adeptes de plus en plus nombreux de la lecture électronique. On argumente, ici, que la volupté du contact charnel avec le papier est indispensable au lecteur. On rétorque, là, que Gutenberg a détrôné le parchemin malgré les inconditionnels d’alors et que personne ne peut se mettre en travers du progrès. 
Sur ce sujet, le fond de ma pensée est que la littérature vole à quarante mille pieds de ces considérations-là. Écrire un livre, c’est y mettre l’autre dimension de soi-même, cette profondeur inaccessible autrement que par l’art sous toutes ses formes, pictural, plastique, mélodique ou littéraire. Lire ensuite ce livre, c’est accéder à cette dimension de l’au-delà de l’écrivain, que celui-ci a tenté de vous ouvrir. Il s’établit dans le binôme auteur-lecteur une véritable communion de pensée, et le livre en est le vecteur. Alors,

lundi 17 décembre 2012

Le politiquement correct en question…


L’édition traditionnelle, en France, a-t-elle encore un avenird'éditeur, c’est-à-dire un avenir de promoteur de littérature, de diffuseur d’idées, de vecteur de culture ?
Ce qui m’amène à poser cette question, est le motif de refus d’un de mes manuscrits, évoqué par un éditeur dont je ne citerai pas le nom, ne souhaitant aucunement lui nuire. Ici, point de formule passe-partout du genre « malgré sa qualité… etc. », mais, une sentence nette et sans appel : 

jeudi 24 mai 2012

Être édité


Le Figaro Littéraire rapporte que 54% des auteurs des livres édités sont des enseignants, des journalistes, ou issus des métiers du livre, ou du spectacle. Étonnant ! Si vous n’êtes pas compris dans ces professions-là, vos chances d’être édité sont d’emblée amputées de plus de la moitié. Si malgré tout vous persistez, alors, qu’au moins vous fassiez partie de quelque club de pensée, confrérie ou lobby autorisés vous assurant du label d’ayant droit. Sinon… 
 Est-ce à dire que seules savent écrire ces personnes-là ? Je ne sache pas que l’Enseignement soit expert en la matière, ni que les journaux soient des modèles de bon langage, ni que les syndicats du livre concentrent les cerveaux, pas plus que le show-biz. 
La vérité est que pour être édité, il faut être apte à être vendu. Je n’en ferai pas le reproche aux éditeurs qui sont aussi et avant tout des commerçants. Le temps de l’éditeur mécène, promoteur de littérature, est depuis longtemps révolu. Or, pour être vendu, il faut être susceptible d’être lu. Et pour être lu, il faut être en situation d’être vu à la télé. CQFD, la boucle est bouclée, on n’en sort pas !
Sauf, peut-être, par la petite porte qui s’entrouvre du livre électronique, mais qui pourrait bien rapidement livrer passage aux foules qui ont quelque chose à dire et qui savent comment l’écrire.

dimanche 6 novembre 2011

le prix des e-books

Une liseuse à 99 euros, c'est bien, mais des e-books téléchargés avec quelques dizaines de centimes d'euro d'économie seulement par rapport à la version papier, ce n'est pas admissible. À ce tarif, il faudrait lire un bouquin par jour pour retrouver l'investissement ! Pourtant, le coût de fabrication et de distribution d'un e-book n'a rien à voir avec celui d'un livre papier. Mais, sans doute, les éditeurs, les imprimeurs, les distributeurs et les libraires de la chaîne du livre n'entendent-ils pas renoncer à leur chiffre d'affaires. Tant qu'on en restera à ces combats d'arrière-garde, le livre électronique stagnera. Pourtant, la révolution qui se profile est à la hauteur de l'invention, jadis, de l'imprimerie. Elle est de nature à faire exploser la diffusion mondiale de la littérature. Alors, attendre que le paysage s'éclaircisse. Un an ou deux, sans doute.

samedi 29 mai 2010

I Pad et autres tablettes électroniques de lecture

Les commentaires lus ou entendus en ce moment, au sujet de la sortie d’une nouvelle tablette électronique, sont consternants. On en parle (de cette marque comme des autres), comme d’une série de nouveaux gadgets pour jouer avec Internet, ou pour classer des photos. C’est tout.
Personne ne se rend compte, ou certains font semblant de ne pas voir, qu’il s’agit tout simplement de l’avènement, pour les siècles à venir, d’un nouveau support de l’écriture.
Il est normal que le public n’en ait pas conscience. Les médias n’en disent rien, or l’on sait bien que peu de gens pensent par eux-mêmes, mais attendent d’ingurgiter des opinions toutes faites.
Il est concevable aussi que ceux qui ont compris le phénomène, mais dont les intérêts sont en jeu — éditeurs, imprimeurs, et tous les métiers du papier — cherchent à en retarder l’effet.
Lorsqu’il y a cinq mille ans, fut inventé le papyrus égyptien, je suppose que les scribes, qui jusqu’alors rangeaient soigneusement leurs tablettes en pierre, crièrent déjà au sacrilège. Trois mille ans après, la même indignation, ou indifférence feinte selon le cas, accueillit sans doute l’avènement du parchemin. Lequel, à son tour, fut bien obligé de s’incliner devant Gutenberg est sa diabolique invention de l’imprimerie sur papier. Eh bien, qu’on le veuille ou non, aujourd’hui s’opère la mise en place historique d’un cinquième support de l’écriture : l’électronique.
J’entends crier que les outils de lecture actuels sont inconfortables, ont plein de défauts, etc. C’est sans doute vrai. Mais que les aînés se rappellent leurs premiers téléphones portatifs ; j’ai le mien au grenier, un objet de musée ! Attendez un an ou deux, et on ne parlera plus de ces soucis. Alors, l’on verra sans doute les mêmes qui aujourd’hui jouent Cassandre, revenir tels des “experts” dans la presse, nous expliquer la mutation qui s’est produite…

dimanche 9 mai 2010

La littérature va mal

Irène Frain : “La littérature va mal. La survie de la littérature est en jeu aujourd'hui car nous assistons à une médiocrisation croissante des textes proposés qui sont tous très formatés ; formatés pour la médiocrité et répondant à la règle de l'instantanéité".
Oui, et il y a un étrange parallélisme avec le monde de la banque. Il n’y a plus d’éditeurs, comme il n’y a plus de banquiers. Il y a dans les deux cas des employés d’entreprises commerciales, à qui l’on demande du chiffre, les uns en plaçant des produits grand public, les autres en vendant du papier.
Claude Durand (ex-éditeur de Soljenitsyne…) cite, dans le Figmag, le cas d’un écrivain (?) “qui bâcle ses livres de plus en plus mauvais”, mais dont il faut publier “le torchon”, parce qu’il est juré ! Il faut alors, poursuit-il, “concevoir un emballage médiatique destiné à vendre ce livre détestable à la critique et au public”. Il cite ensuite le cas similaire de certains livres de journalistes : “on a transformé des gazetiers en écrivains”.
Pourtant, Claude Durand conclut : “Il y a beaucoup de raisons d’être optimiste. (...) Je pense que les nouveaux formats numériques vont développer la lecture chez les jeunes. L’édition reste promise à un grand avenir, pourvu qu’elle reste fidèle à sa vocation première : découvrir, accompagner et promouvoir des auteurs, de ceux dont Michel Serres disait que, par leurs œuvres, ils augmentent le monde”.

vendredi 9 avril 2010

E-Book, le livre sans visage ?

Sous le titreE-Book, le livre sans visage, Le Figaro du 9 avril 2010 publie une sélection du New York Times qui met en relief de façon éclatante le mal de consternant l’Édition.
Il y est d’emblée déploré qu’avec l’avènement du lecteur électronique, “les éditeurs perdent la publicité qu'offre un simple regard sur une couverture papier”. Soit ! Mais la littérature est-elle devenue l’alibi de la publicité ?
On peut lire un peu plus loin : “Un nombre croissant de lecteurs optent pour le Kindle ou d'autres appareils électroniques et, avec également l'arrivée de l'iPad d'Apple, il devient plus compliqué de voir ce que lisent les autres ou d'afficher ses propres goûts littéraires”. Et encore :”On se sent fier de le lire”, déclare Bindu Wiles, qui se rappelle que, quand elle relisait Anna Karénine récemment, elle appréciait que les gens puissent voir la couverture dans le métro. Avec un Kindle ou un Nook, précise-t-elle, “personne ne s'en apercevrait”. Alors, on lit un livre pour que les autres voient ce qu’on lit ?! Je suggère que les éditeurs ou les libraires offrent, avec le livre, un bonnet avec lequel on pourra aisément “afficher ses propres goûts littéraires”
La même angoisse s’exprime chez les libraires : “Quand un client est attiré par la jaquette, c'est déjà un obstacle de franchi. Quand il prend le livre, une bataille décisive a été gagnée.” Mais elle sera plus difficile à remporter si personne ne sait si vous lisez Guerre et Paix ou Captifs du désir”. Le lecteur est définitivement ravalé à la place d’un consommateur de grande surface : c’est l’emballage qui compte !
On comprend maintenant, comment les éditeurs sélectionnent les manuscrits : le titre doit “flasher”, provoquer un peu : le sujet deviné doit faire résonner si possible une certaine actualité ; l’auteur doit être déjà porté par les médias. Le reste est affaire de couleur de couverture, de graphisme. Bref, il faut une couverture que l'on soit "fier d'exhiber dans le métro…" Le texte littéraire ? Bof ! Nul doute que Victor Hugo se serait mieux vendu avec une belle jaquette !
La sagesse voudrait sans doute qu’au vu de cette mutation formidable qu’elle est en train de vivre, l’Édition repense sa fonction et replace ses soucis marketing, certes légitimes, dans des proportions raisonnables au côté de la diffusion littéraire et culturelle. Une chose est de publier pour être vendu, autre chose est de publier pour être lu. Il semble qu’il n’en soit rien : “Certains (éditeurs) s'attendent à ce que les fabricants de lecteurs électroniques ajoutent des fonctions qui permettent aux utilisateurs d'afficher ce qu'ils lisent”. Et pour faire bonne mesure, certains se consolent en imaginant que le livre électronique, parce que discret, ne sera que le support favori des ouvrages érotiques. 
C’est être bien peu clairvoyant. La révolution qui se prépare est un bienfait pour la littérature dont naîtra une nouvelle renaissance. Mesure-t-on le big bang qui s’annonce ? Dans la mondialisation de la culture, déjà dans les faits, chacun pourra désormais, à moindre coût et dans toutes les langues bientôt, feuilleter, rejeter ou lire et conserver le œuvres d’innombrables auteurs du monde entier qui, sans ces moyens seraient restés inconnus. Car il y a au fond des atolls du Pacifique, sur les hauts plateaux andins, ou dans les glaces du Groenland, des gens qui ont aussi quelque chose à dire, que le despotisme du marketing leur interdit d'exprimer. Or, qu’est-ce que lire, sinon entrer dans l’intimité de l’auteur, dialoguer avec lui. Je prévois que cette possibilité sera la prochaine révolution technique. Oh, bien sûr, il faudra éliminer les inévitables adeptes de graffitis d'édicules ; il y aura des logiciels pour cela. Et alors, quelle richesse que lire et écrire. 
Un avenir immense s’offre aux métiers de l’édition en ligne.

jeudi 25 mars 2010

Le livre numérique

Une page entière du Figaro Littéraire nous rassure aujourd’hui : l’édition papier n’a pas à trembler devant le livre numérique ! Un sondage nous apprend que 91% des livres lus le sont sur papier, pour 1% seulement en tablette numérique. Ça, c’est un scoop ! Continuons : à l’avenir, 71% des lecteurs resteront fidèles au papier contre 7% qui utiliseront le livre électronique. Je ne sais ce qu’aurait donné un sondage qui aurait posé les mêmes questions il y a quelques années quand fut lancé le compact-disc. Le Figaro est un journal sérieux. Mais quand il faut remplir une page, il arrive qu’on y mette n’importe quoi.
Quelqu’un nous explique sur cette page qu’il ne pourra pas se passer du contact papier. Opinion largement entendue. Moi non plus, je n’aime pas lire sur ordinateur, cela me fatigue les yeux. Mais de là à m’en tenir au fantasme du contact charnel avec le papier… Je préfère m’intéresser au contenu du livre, et je fais confiance aux ingénieurs pour résoudre ces problèmes de confort des tablettes de lecture.
Cette même personne dit qu’elle annote tous ses livres. Moi aussi, et je me reporte fréquemment à ces annotations lorsque j’écris. Or, précisément, il est souvent laborieux de retrouver le livre, la page, où ai-je lu ça ? Le même travail fait sur tablette permettra désormais de retrouver sans difficulté, comme sur l’ordinateur, telle ou telle citation, même lue il y a des années. Quelle richesse, d’avoir sous la main, à tous moments et partout, toute la bibliothèque du monde !
Enfin et surtout, j’attends avec impatience la généralisation de ce nouveau média, parce que cela me semble être un évènement historique dont personne ne mesure la portée. L'histoire de l'humanité pourrait se résumer au récit de l'évolution de son pouvoir de communication. L'humanité a commencé à se construire le jour où la pensée naissante a trouvé le moyen cognitif de s'exporter chez autrui. Il faut mesurer cette dimension de l'Homme pour comprendre l’importance que revêt le livre numérique. Le progrès intellectuel de l’humanité, qui répond à l’entropie naturelle, se mesurera en termes d’énergie de communication dépensée. Lire, c’est pénétrer l’intimité mentale de l’auteur. Mesure-t-on le bond énorme, social et culturel, qui verra sept milliards d’individus s’écrire et se lire sans contrainte, d’un antipode à un autre ? Avec la diffusion instantanée, directe et enfin affranchie du filtre des systèmes politiques, ou de la dictature du bien-pensant, nous sommes sans doute en face d’un média naissant dont l’histoire dira qu’il fut aussi important que l’invention de l’imprimerie.