Un enfant, dans le monde, meurt de faim ou de soif toutes les six secondes. Quatre milliards d’êtres humains sur la Terre (60% de l’humanité !) manquent d’eau potable. Or, ce n’est pas l’eau qui manque, mais l’énergie abondante et bon marché pour la traiter et la distribuer partout dans le monde. Est-ce en plantant des éoliennes en Beauce, par exemple, que l’on va apporter à ce problème angoissant le moindre début de solution ? Il est vrai que l’écologie moderne ne s’angoisse pas pour ces considérations là. Son problème c’est son jardin perso, “ma planète à moi que les autres salissent”. Ils parlent de “sauver la planète”, mais c’est à eux qu’ils pensent. Qui se soucie de “porter secours aux autres”, et en particulier à ceux qui ont soif ? Non pas en leur distribuant des camions de bouteilles d’eau ; cela ne résout rien. Mais en investissant massivement les richesses mondiales dans le développement et la distribution de la seule énergie capable de juguler ce fléau. Une énergie colossale, dissimulée au cœur de la matière, par la nature généreuse et prévoyante, et que les hommes commencent à savoir extraire et maîtriser. S’il reste beaucoup à faire, que ceux qui ont peur pour leur sécurité personnelle pensent à ceux qui ont soif.
dimanche 19 septembre 2010
dimanche 12 septembre 2010
Religions
Quelqu'un m'a dit, récemment : "Je considère que les dieux et les religions ont été inventés par les hommes pour expliquer ce qu'ils ne comprenaient pas." J'ai pris quelque temps pour réfléchir, car la remarque mérite attention. Je suis arrivé à la conclusion qu'alors, s'il en est ainsi, lesdits inventeurs de religions furent des génies. D'autant qu'il faut remonter à des époques déjà lointaines, voyez l'Ancien Testament, quand les hommes n'avaient pas le savoir qui est le nôtre aujourd'hui. Car, et c'est là où je veux en venir, plus la science des hommes progresse, plus ce que l'on découvre s'accorde avec les religions dites inventées, selon mon interlocuteur. Aux confins de l’infiniment petit, la science a entrouvert la porte d’une sorte d’au-delà de notre espace-temps. Aux limites de l’infiniment grand, ses télescopes ont découvert ce qui ressemble bien aux vestiges d'une création. Alors, si des hommes ont su inventer ces religions-là, qu'il me soit permis de leur faire confiance, et de les suivre.
samedi 28 août 2010
L'Histoire au collège.
Voilà qu’une nouvelle polémique médiatique est en train de naître à propos des programmes d’histoire au collège : “Napoléon, Clovis et Louis XIV y seraient réduits à la portion congrue, au profit de l’étude d’empires africains comme Songhaï ou Monomotapa, de l’Empire chinois des Han ou de l’Inde des Gutpa”. (Le Figaro 28 08 2010)
Dans un camp on trouve les défenseurs de l’histoire de France, sanctuaire de notre identité nationale. Dans l’autre camp se rangent les partisans de l’ouverture au monde, qu’il n’est plus possible d’ignorer. Les deux ont raison, les deux ont tort.
Nous sommes face à un problème de civilisation, qui touche l’humanité entière. Le savoir a débordé l’homme. La masse, devenue colossale, de connaissance que les générations futures devraient ingurgiter pour suivre les progrès de la civilisation, à désormais dépassé les capacités cognitives du cerveau humain. Et ceci ne vaut pas seulement pour l’histoire, mais pour les sciences, pour les langues, pour toutes les disciplines de l’enseignement. Comment superposer à nos anciens programmes, sans rien en enlever, l’étude de la Chine, de l’Inde, du Moyen-Orient, mais aussi du big bang, de l’infiniment petit quantique, de la génétique, de l’art, de la littérature, etc ?
Nos enfants sont-ils condamnés à être des ignorants de pans entiers du savoir humain, seulement spécialisés dans telle ou telle discipline ? De tels cerveaux, alors, seraient infirmes. Ou bien, chacun devra-t-il se contenter d’une vague coloration d’un savoir commun, utilitaire, à charge pour certains de se spécialiser ensuite ? Mais alors, les autres, quel avenir ? Les progrès de la technologie, autour de solutions comme Internet, ou la diffusion du livre électronique, viendront-ils au secours des neurones ? Alors, ce n’est pas seulement de programmes qu’il faut parler, mais d’une refonte totale de l’enseignement, à la hauteur de l’enjeu du troisième millénaire.
dimanche 22 août 2010
Kipling
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard Kipling
jeudi 19 août 2010
Injection médicalisée de la drogue !
Face à l’incohérence de la proposition de créer en France, des salles d’injection légale d’une drogue illégale, quelqu’un propose, dans la presse, d’en réserver la distribution aux pharmacies !
Voilà en tout cas, qui ferait bondir le chiffre d'affaire des officines ! Transférer, avec exclusivité bien sûr, le fonds de commerce de la drogue dans les pharmacies, quelle géniale idée ! Avec remboursement par la Sécurité sociale, pendant qu'on y est !
Réfléchissons un peu. Ou bien la drogue est dangereuse pour la santé publique, ou bien elle ne l'est pas. Si elle ne l'est pas, pourquoi en rendre le commerce illicite ? On pourrait même l'organiser, le patenter et prélever l'impôt. Les bureaux de tabac y retrouveraient l'activité d'antan. Soixante-cinq millions de Français se shooteraient légalement et le commerce serait florissant. Mais si la drogue est dangereuse, comment deviendrait-elle inoffensive en transitant par les pharmacies ?
Alors, que faire ? À force d’éluder la question, on laisse l’incendie se propager. Or n’importe quel pompier vous dira qu’il faut combattre l’incendie à la base des flammes. Ce n’est pas en faisant la chasse aux petits dealers de banlieues que l’on maîtrisera la situation, mais en démantelant les cerveaux de ce business international. Mais voilà, qui va-t-on découvrir ? Les ramifications sont tellement énormes, les réseaux si puissants, les retombées tant bénéfiques pour beaucoup, que personne n’ose s’y frotter.
Une autre approche serait de s’interroger sur les raisons de l’assuétude qui affecte les populations consommatrices. Ce besoin croissant de drogue n’est-il pas l’une des conséquences calamiteuses de la déstructuration spirituelle des individus, systématiquement pratiquée depuis quarante ans (faites le compte) ? À force de vider les esprits, par les médias et par l’école, de tout sens de la vie, on les a précipités dans la fuite ; et la fuite, c’est la drogue. Alors, une thérapie pourait-être de remplacer enfin cette culture du néant, par un retour à l’humanisme, à la primauté de l’esprit sur la matière, à la magnificence de l’être humain. Qu’il serait beau le pays où chacun retrouverait sa place et son rôle sur la scène de la vie. Alors il n'y aurait plus besoin de drogue.
mardi 10 août 2010
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
On peut lire dans l’excellent magazine Le Point de cet été 2010 les propos du philosophe André Comte-Sponville :
“La plus grande de toutes (les questions métaphysiques concernant l’origine du monde) reste : Pouquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Question définitivement sans réponse (...). Pourquoi le big bang plutôt que rien ? (...) Pourquoi Dieu plutôt que rien ? On ne répond jamais, on ne fait que déplacer la question…”
Pour ceux que la torpeur de l’été pousse à la méditation, je veux livrer cette piste de réflexion.
Pourquoi butons-nous sur l’apparent mystère de cette vieille question de Leibnitz ? Parce nous ne pouvons nous extraire du décor du temps et de son espace ; parce nous ne faisons pas l’effort de penser en cinq dimensions. Alors en effet, comment comprendre que “quelque chose” jaillisse de “rien” ? Mais, oû voyons-nous que l’inverse de “quelque chose” est “rien” ?
La création est un acte qui s’engendre hors du temps, puisque le temps fait à l’évidence partie de la création. (La Genèse ne dit pas autre chose qui décompte le temps au fur et à mesure de ses actes de création : “ce fut le premier jour… le deuxième jour… et ainsi de suite”).
Que peut-être ce monde, considéré en cinq dimensions, sinon le royaume du Tout ; du Tout temporel, avant et après confondus en un instant éternel ; du Tout spatial, ici et ailleurs confondus en un point infini ?
La Création, dès lors, est la vision qui nous est donnée, en séquences successives, dans notre espace-temps à quatre dimensions, d’une vérité totale, qu’en termes de religion nous appelons Dieu.
La question ci-dessus évoquée est le parfait exemple de cette illusion d’optique, de cette erreur d’observation. En deçà du commencement il n’y a ni quelque chose ni rien. Il y a Tout. Ce quelque chose qui crée mystère, n’est pas issu de rien mais de Tout. Et la question aurait dû être : “Comment aurait-il pu se faire qu’il y eut rien, qu’il n’y eût pas Tout ?”.
dimanche 25 juillet 2010
Pourquoi "Le ciel du ciel" ?
Longtemps, je me suis arrêté sur la première ligne du récit biblique de la Genèse : “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre”. Pourquoi ce distinguo ? Où commence le ciel, où finit la terre ? L’atmosphère terrestre, la stratosphère, font-elle partie de la terre ou du ciel ? Et la Lune ? Il me semblait qu’un mystère se cachait derrière ces quelques mots. Comme un code à déchiffrer.
J’ai compris en lisant saint Augustin (“Les Confessions” - Livre XII : “Le Ciel et la Terre” - Chapitre II : “Deux sortes de cieux”).
J’ai noté ceci par exemple ceci :
“... Le ciel même qui couvre cette terre que nous habitons, ne peut passer que pour une terre au regard de ce ciel du ciel : et l’on peut dire avec vérité, que ces deux grands corps de la nature, le ciel et la terre, ne sont que terre si on les compare à cet autre ciel [...] qui appartient seulement à Dieu.”
Il y a bien un autre ciel, autre que le firmament dont parlent plus loin les Écritures. Un ciel qui englobe notre ciel et sa terre.
Soudain, je réalisais que l’espace et le temps ne sont que des données de notre terre et de son ciel ; que cet autre ciel du ciel dont parle saint Augustin, n’en connaît pas la notion.
D’ailleurs, il faut lire un peu plus loin la Genèse ; on y lit par six fois « et ce fut le premier jour, le deuxième… » et ainsi de suite. Qu’est-ce que cela veut dire, sinon que Dieu crée le temps, “après” le ciel ? J’écris “après” entre guillemets, car, pour Dieu, il n’y a pas d’après, étant hors du temps.
Ce ciel du ciel ? Un lieu sans l’espace, donc un point sans dimension ; un lieu sans le temps, donc un instant sans durée. Et ce point est immense ; et cet instant est éternel.
J’ai voulu comprendre. J’en ai fait un livre. C’est bouleversant.
samedi 3 juillet 2010
Histoire d'ordinateur
1°) Un client devant son”conseiller de clientèle” (?…) à sa banque, demande un prêt. L’employé active son ordinateur, questionne son “client” (?…), et remplit des cases à l’aide des réponses. L’ordinateur statue. En aucun moment la réflexion, l’intelligence de la situation, la pensée du “conseiller” n’ont été mises à profit. On comprend alors que si un “client” vient solliciter un accompagnement bancaire concernant une affaire, un commerce par exemple, qui n’est pas dans l’ordinateur, sa demande n’a aucune chance d’aboutir.
2°) Un contribuable devant son Inspecteur des impôts, conteste avec raison un avis de recouvrement. L’inspecteur en convient, mais avoue : ”vous ne devez pas cette somme, mais elle est inscrite dans l’ordinateur, vous devez payer, on vous remboursera ensuite” ! Démarche auprès du Receveur… Celui-ci compréhensif propose : “Donnez-moi un chèque, je vous promets de ne pas l’encaisser, et ainsi je pourrai annuler la demande de l’ordinateur”.
Deux exemples (avérés) parmi tant d’autres, qui illustrent la dérive technocratique aveugle de l’administration. On retrouverait facilement la même situation au sein des grandes entreprises dites privées. Le facteur humain est systématiquement écarté, l'homme ne compte plus, pire, il est dangereux. Qui a encore le droit de se servir de sa pensée dans son travail ?
On comprend, dès lors, qu’un trader un peu doué, ayant compris que le vrai patron était l’ordinateur, l’ait conditionné à sa guise, ne craignant pas la hiérarchie qui de toute façon ne dispose que du dit ordinateur pour “penser”.
samedi 29 mai 2010
I Pad et autres tablettes électroniques de lecture
Les commentaires lus ou entendus en ce moment, au sujet de la sortie d’une nouvelle tablette électronique, sont consternants. On en parle (de cette marque comme des autres), comme d’une série de nouveaux gadgets pour jouer avec Internet, ou pour classer des photos. C’est tout.
Personne ne se rend compte, ou certains font semblant de ne pas voir, qu’il s’agit tout simplement de l’avènement, pour les siècles à venir, d’un nouveau support de l’écriture.
Il est normal que le public n’en ait pas conscience. Les médias n’en disent rien, or l’on sait bien que peu de gens pensent par eux-mêmes, mais attendent d’ingurgiter des opinions toutes faites.
Il est concevable aussi que ceux qui ont compris le phénomène, mais dont les intérêts sont en jeu — éditeurs, imprimeurs, et tous les métiers du papier — cherchent à en retarder l’effet.
Lorsqu’il y a cinq mille ans, fut inventé le papyrus égyptien, je suppose que les scribes, qui jusqu’alors rangeaient soigneusement leurs tablettes en pierre, crièrent déjà au sacrilège. Trois mille ans après, la même indignation, ou indifférence feinte selon le cas, accueillit sans doute l’avènement du parchemin. Lequel, à son tour, fut bien obligé de s’incliner devant Gutenberg est sa diabolique invention de l’imprimerie sur papier. Eh bien, qu’on le veuille ou non, aujourd’hui s’opère la mise en place historique d’un cinquième support de l’écriture : l’électronique.
J’entends crier que les outils de lecture actuels sont inconfortables, ont plein de défauts, etc. C’est sans doute vrai. Mais que les aînés se rappellent leurs premiers téléphones portatifs ; j’ai le mien au grenier, un objet de musée ! Attendez un an ou deux, et on ne parlera plus de ces soucis. Alors, l’on verra sans doute les mêmes qui aujourd’hui jouent Cassandre, revenir tels des “experts” dans la presse, nous expliquer la mutation qui s’est produite…
dimanche 9 mai 2010
La littérature va mal
Irène Frain : “La littérature va mal. La survie de la littérature est en jeu aujourd'hui car nous assistons à une médiocrisation croissante des textes proposés qui sont tous très formatés ; formatés pour la médiocrité et répondant à la règle de l'instantanéité".
Oui, et il y a un étrange parallélisme avec le monde de la banque. Il n’y a plus d’éditeurs, comme il n’y a plus de banquiers. Il y a dans les deux cas des employés d’entreprises commerciales, à qui l’on demande du chiffre, les uns en plaçant des produits grand public, les autres en vendant du papier.
Claude Durand (ex-éditeur de Soljenitsyne…) cite, dans le Figmag, le cas d’un écrivain (?) “qui bâcle ses livres de plus en plus mauvais”, mais dont il faut publier “le torchon”, parce qu’il est juré ! Il faut alors, poursuit-il, “concevoir un emballage médiatique destiné à vendre ce livre détestable à la critique et au public”. Il cite ensuite le cas similaire de certains livres de journalistes : “on a transformé des gazetiers en écrivains”.
Pourtant, Claude Durand conclut : “Il y a beaucoup de raisons d’être optimiste. (...) Je pense que les nouveaux formats numériques vont développer la lecture chez les jeunes. L’édition reste promise à un grand avenir, pourvu qu’elle reste fidèle à sa vocation première : découvrir, accompagner et promouvoir des auteurs, de ceux dont Michel Serres disait que, par leurs œuvres, ils augmentent le monde”.
vendredi 9 avril 2010
E-Book, le livre sans visage ?
Sous le titre “E-Book, le livre sans visage”, Le Figaro du 9 avril 2010 publie une sélection du New York Times qui met en relief de façon éclatante le mal de consternant l’Édition.
Il y est d’emblée déploré qu’avec l’avènement du lecteur électronique, “les éditeurs perdent la publicité qu'offre un simple regard sur une couverture papier”. Soit ! Mais la littérature est-elle devenue l’alibi de la publicité ?
On peut lire un peu plus loin : “Un nombre croissant de lecteurs optent pour le Kindle ou d'autres appareils électroniques et, avec également l'arrivée de l'iPad d'Apple, il devient plus compliqué de voir ce que lisent les autres ou d'afficher ses propres goûts littéraires”. Et encore :”On se sent fier de le lire”, déclare Bindu Wiles, qui se rappelle que, quand elle relisait Anna Karénine récemment, elle appréciait que les gens puissent voir la couverture dans le métro. Avec un Kindle ou un Nook, précise-t-elle, “personne ne s'en apercevrait”. Alors, on lit un livre pour que les autres voient ce qu’on lit ?! Je suggère que les éditeurs ou les libraires offrent, avec le livre, un bonnet avec lequel on pourra aisément “afficher ses propres goûts littéraires”.
La même angoisse s’exprime chez les libraires : “Quand un client est attiré par la jaquette, c'est déjà un obstacle de franchi. Quand il prend le livre, une bataille décisive a été gagnée.” Mais elle sera plus difficile à remporter si personne ne sait si vous lisez Guerre et Paix ou Captifs du désir”. Le lecteur est définitivement ravalé à la place d’un consommateur de grande surface : c’est l’emballage qui compte !
On comprend maintenant, comment les éditeurs sélectionnent les manuscrits : le titre doit “flasher”, provoquer un peu : le sujet deviné doit faire résonner si possible une certaine actualité ; l’auteur doit être déjà porté par les médias. Le reste est affaire de couleur de couverture, de graphisme. Bref, il faut une couverture que l'on soit "fier d'exhiber dans le métro…" Le texte littéraire ? Bof ! Nul doute que Victor Hugo se serait mieux vendu avec une belle jaquette !
La sagesse voudrait sans doute qu’au vu de cette mutation formidable qu’elle est en train de vivre, l’Édition repense sa fonction et replace ses soucis marketing, certes légitimes, dans des proportions raisonnables au côté de la diffusion littéraire et culturelle. Une chose est de publier pour être vendu, autre chose est de publier pour être lu. Il semble qu’il n’en soit rien : “Certains (éditeurs) s'attendent à ce que les fabricants de lecteurs électroniques ajoutent des fonctions qui permettent aux utilisateurs d'afficher ce qu'ils lisent”. Et pour faire bonne mesure, certains se consolent en imaginant que le livre électronique, parce que discret, ne sera que le support favori des ouvrages érotiques.
C’est être bien peu clairvoyant. La révolution qui se prépare est un bienfait pour la littérature dont naîtra une nouvelle renaissance. Mesure-t-on le big bang qui s’annonce ? Dans la mondialisation de la culture, déjà dans les faits, chacun pourra désormais, à moindre coût et dans toutes les langues bientôt, feuilleter, rejeter ou lire et conserver le œuvres d’innombrables auteurs du monde entier qui, sans ces moyens seraient restés inconnus. Car il y a au fond des atolls du Pacifique, sur les hauts plateaux andins, ou dans les glaces du Groenland, des gens qui ont aussi quelque chose à dire, que le despotisme du marketing leur interdit d'exprimer. Or, qu’est-ce que lire, sinon entrer dans l’intimité de l’auteur, dialoguer avec lui. Je prévois que cette possibilité sera la prochaine révolution technique. Oh, bien sûr, il faudra éliminer les inévitables adeptes de graffitis d'édicules ; il y aura des logiciels pour cela. Et alors, quelle richesse que lire et écrire.
Un avenir immense s’offre aux métiers de l’édition en ligne.
jeudi 25 mars 2010
Le livre numérique
Une page entière du Figaro Littéraire nous rassure aujourd’hui : l’édition papier n’a pas à trembler devant le livre numérique ! Un sondage nous apprend que 91% des livres lus le sont sur papier, pour 1% seulement en tablette numérique. Ça, c’est un scoop ! Continuons : à l’avenir, 71% des lecteurs resteront fidèles au papier contre 7% qui utiliseront le livre électronique. Je ne sais ce qu’aurait donné un sondage qui aurait posé les mêmes questions il y a quelques années quand fut lancé le compact-disc. Le Figaro est un journal sérieux. Mais quand il faut remplir une page, il arrive qu’on y mette n’importe quoi.
Quelqu’un nous explique sur cette page qu’il ne pourra pas se passer du contact papier. Opinion largement entendue. Moi non plus, je n’aime pas lire sur ordinateur, cela me fatigue les yeux. Mais de là à m’en tenir au fantasme du contact charnel avec le papier… Je préfère m’intéresser au contenu du livre, et je fais confiance aux ingénieurs pour résoudre ces problèmes de confort des tablettes de lecture.
Cette même personne dit qu’elle annote tous ses livres. Moi aussi, et je me reporte fréquemment à ces annotations lorsque j’écris. Or, précisément, il est souvent laborieux de retrouver le livre, la page, où ai-je lu ça ? Le même travail fait sur tablette permettra désormais de retrouver sans difficulté, comme sur l’ordinateur, telle ou telle citation, même lue il y a des années. Quelle richesse, d’avoir sous la main, à tous moments et partout, toute la bibliothèque du monde !
Enfin et surtout, j’attends avec impatience la généralisation de ce nouveau média, parce que cela me semble être un évènement historique dont personne ne mesure la portée. L'histoire de l'humanité pourrait se résumer au récit de l'évolution de son pouvoir de communication. L'humanité a commencé à se construire le jour où la pensée naissante a trouvé le moyen cognitif de s'exporter chez autrui. Il faut mesurer cette dimension de l'Homme pour comprendre l’importance que revêt le livre numérique. Le progrès intellectuel de l’humanité, qui répond à l’entropie naturelle, se mesurera en termes d’énergie de communication dépensée. Lire, c’est pénétrer l’intimité mentale de l’auteur. Mesure-t-on le bond énorme, social et culturel, qui verra sept milliards d’individus s’écrire et se lire sans contrainte, d’un antipode à un autre ? Avec la diffusion instantanée, directe et enfin affranchie du filtre des systèmes politiques, ou de la dictature du bien-pensant, nous sommes sans doute en face d’un média naissant dont l’histoire dira qu’il fut aussi important que l’invention de l’imprimerie.
lundi 15 février 2010
Internet, un monde virtuel ?
Tel est le verdict du tribunal des médias. Face à un monde “réel”, qui serait vous et moi et tous les autres, se développerait, à grande vitesse sur la fameuse “toile”, un univers factice où chacun viendrait désormais vivre une autre vie.
Cette pensée officielle reconnaît, certes, la puissance désormais incontournable de ce réseau de communication immédiate entre les hommes. Elle en accepte la conséquence heureuse qu’est l’explosion de la diffusion de la connaissance. Elle déplore avec raison que des régions trop vastes du globe terrestre en soient encore exclues, et s’interroge sur le visage du monde quand, en effet, six ou sept milliards d’êtres humains seront “connectés”. Mais elle n’en démord pas, ce monde-là est virtuel.
Mais le monde “réel” auquel pensent ces médias n’existe pas ! Ou, plus exactement, il est inaccessible, ce qui revient au même. Pour qu’il puisse se matérialiser, il faudrait que des communications physiques, réelles, s’établissent en nombre et instantanément entre tous les points de la Terre. Que chacun puisse se voir en vrai, se parler, se toucher. Ce n’est évidemment pas possible. Personne ne peut dire qu’il connaît la réalité de la Chine à l’Amérique, du Groenland à l’Antarctique. D'aucuns peuvent avoir séjourné ici ou là, mais jamais partout à la fois ni perpétuellement. La connaissance que nous avons de notre monde n’est que l’image que nous en fournissent les médias. Et c’est cette image que nous appelons réalité. Mais c’est elle qui est virtuelle !
Internet, au contraire, est en train de nous fournir la réalité du terrain. Sans fioriture, sans prisme déformant, sept milliards d’hommes et de femmes de toutes latitudes, de toutes conditions, de toutes cultures pourront bientôt, instantanément et simultanément, se parler, se voir et se comprendre. Alors, un monde réel s’ouvrira, qui n’a encore jamais existé dans l’humanité, et il en sera fini du monde virtuel de la pensée codifiée, aseptisée, préfabriquée.
jeudi 11 février 2010
Le cou de la girafe
Il est communément admis que le long cou de la girafe est le fruit de l’évolution adaptatrice. Les gènes de l’animal auraient enregistré l’incessant effort pour attraper et manger les jeunes pousses dans les arbres. Les girafes mieux dotées en long cou auraient eu, dès lors, un avantage et auraient prospèré mieux que les autres. Et ainsi de suite.
On peut se demander pourquoi les vaches n’ont pas un long cou, qui se sont efforcées aussi depuis toujours à attraper les pommes dans les pommiers. Ou encore, les chèvres que l’on voit au Maroc ou ailleurs grimper carrément dans lesdits arbres.
Quant à l’Homme, il devrait sa bipédie à ses longs efforts pour regarder par-dessus la savane. Il est heureux, alors, que l’herbe en question ait mesuré un mètre cinquante. Si elle n’avait pas dépassé cinquante centimètres, nous marcherions toujours à quatre pattes. Quelle aubaine pour les cordonniers ! Et si ladite herbe avait mesuré deux mètres cinquante, aurions-nous appris à sauter comme les kangourous ?
dimanche 7 février 2010
Particules
Les scientifiques ont compté les particules de l'Univers. C'est-à-dire les grains les plus petits de quelque chose. Il y en aurait dix à la puissance quatre-vingt… Le nombre dix, multiplié quatre-vingts fois par lui-même ! Un "un" suivi de quatre-vingts zéros ! Essayez de l’écrire et de le lire…
Considérez, par exemple, un trajet de quinze kilomètres. C’est, par exemple, ce que vous faites pour aller au travail. Multipliez-le par dix à la puissance sept, c'est-à-dire par dix, sept fois. Quelle distance obtenez-vous ? La distance de la Terre au Soleil, soit cent cinquante millions de kilomètres ! Et vous n’avez multiplié que sept fois. Alors, quatre-vingts fois… C’est vraiment très très loin ! Inimaginable
Vous pouvez tenter aussi de vous faire une idée de ce nombre en essayant de compter les grains de sable du Sahara… Puis en vous disant que dans chaque grain de sable il y a cent milliards de milliards d’atomes… Que pour compter ceux-ci, à raison de cent par seconde, il vous faudrait trois cents millions de siècles, pour un seul grain de sable. Puis ensuite, que dans chaque atome d’un grain de sable ainsi compté… Ah, et puis zut ! De toute façon, l’Univers est immensément plus vaste que le Sahara !
Considérez, par exemple, un trajet de quinze kilomètres. C’est, par exemple, ce que vous faites pour aller au travail. Multipliez-le par dix à la puissance sept, c'est-à-dire par dix, sept fois. Quelle distance obtenez-vous ? La distance de la Terre au Soleil, soit cent cinquante millions de kilomètres ! Et vous n’avez multiplié que sept fois. Alors, quatre-vingts fois… C’est vraiment très très loin ! Inimaginable
Vous pouvez tenter aussi de vous faire une idée de ce nombre en essayant de compter les grains de sable du Sahara… Puis en vous disant que dans chaque grain de sable il y a cent milliards de milliards d’atomes… Que pour compter ceux-ci, à raison de cent par seconde, il vous faudrait trois cents millions de siècles, pour un seul grain de sable. Puis ensuite, que dans chaque atome d’un grain de sable ainsi compté… Ah, et puis zut ! De toute façon, l’Univers est immensément plus vaste que le Sahara !
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